LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DATsURE.
149
m’amusait beaucoup; mais comment ne pas sentir ce que l’on vaut, quand
on habille ses semblables dans un pays où tant de gens vont encore à
demi nus?
qui partaient saluèrent de leurs bourras ceux qui restaient, et qui, assis en
rond, la pipe à la bouche, surveillaient une marmite dont le couvercle tres
saillait sous les caresses enflammées d’un feu de fagots. Nous traversâmes
rapidement les fertiles campagnes qui avoisinent la ville. De tous côtés, à
droite et à gauche , s’étendaient des verdures riantes , des prairies a l’herbe
touffue, des champs de maïs dont les palmes fleuries ondulaient au vent
comme des plumes de marabout. Et les pampres habillaient les collines
beaucoup mieux que le tailleur, mon voisin, ne devait habiller ses clients.
semblent taillés dans le marbre, avec le modelé de la statuaire antique. On
les dirait descendus de quelque bas-relief de temple grec. Leur air doux et
giave, leur mai che lente et majestueuse, la beauté imposante de leur aspect,
s haï moment admirablement avec ces grandes plaines aux lignes classiques.
Et plus loin, des milliers d’oies et de cochons forment, ceux-ci d’immenses
taches roses, celles-là de grandes plaques blanches. Le ventre étalé au
soleil, les yeux à demi clos, que ces porcs ont l’air heureux! Leur peau
grasse et luisante a de petits tressaillements comme si les mouches qui
bourdonnent à leurs oreilles leur chantaient des romances. On ne peut
decemment donner le nom de cochons à des animaux de cette espèce, qui
Le train longea le camp établi au delà de la gare d Agram ; les soldats
On en voit aussi qui causent sur le seuil îles portes...
De temps en temps ce calme paysage s’anime : c’est une couple de bœufs
qui passent, attelés à une sorte de cangue qui emprisonne leur tête ; ce
sont, sous des chênes, des bergers qui dorment tandis que leurs chevaux
broutent le gazon d’une clairière. Ces bœufs de Hongrie, à la robe argentée,