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DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
employés, on ménage la voie, on ménage tout : c’est une économie qui
serait absolument ruineuse clans un pays pressé et industriel. On me raconte
qu’un paysan, invité un jour par un de ses camarades à prendre le train de
Kanizsa à Kapornak, lui répondit : « Non, pas aujourd’hui; je suis trop
pressé, je vais à pied. »
Kanizsa, que nous laissâmes sur notre gauche, est un petit bourg de douze
mille habitants, ignoré et heureux. Dès que nous eûmes quitté cette station,
le ciel devint sombre et se voila, et prit â notre égard une attitude des
sous le fouet d’un vent furieux. La plaine était noire de leur ombre, comme
si une immense volée de corbeaux eût projeté sur le sol la nuit de ses
ailes. Les feudles des arbres frissonnaient d’effroi et se hérissaient dans un
sentiment de résistance. Au milieu de lugubres craquements, les âmes ré
nuageux : profondes, bizarres, tourmentées, et, tout â coup, comme si les
torrents de ces montagnes aériennes débordaient, une inondation tomba
l’averse, s’éleva tout autour de nous et nous enferma comme dans une
Il sauta à clieval et repartit au galop saus dire un mot.
plus refrognées et des plus hostiles. De gros nuages se mirent â fuir effarés
veillées des vieux troncs criaient. Des vallées se creusaient dans le ciel
sur la terre avec un bruit de cascade et de trombe. L horizon s’évanouit,
les plans s’effacèrent; un mur gris, formé par les longues hachures de