Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DAISUBE.

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présenter  à  M  S...,  mon  collègue;  c’est  le  comptable  cl  le  caissier  de  1  administration ­
  des  domaines  que  la  famille  Sina  possède  dans  ce  district.
Le  baron  Sina,  mort  il  y  a  quelques  années,  était  un  des  plus  grands
propriétaires  terriens  de  la  Hongrie.  Il  ne  connaissait  pas  lui-même,  dit-on,
l’étendue  de  ses  terres,  n’ayant  vu,  dans  sa  vie,  que  cinq  ou  six  de  ses
immenses  propriétés,  sur  les  huit  ou  dix  qu’il  possédait.
Nous  entrâmes  dans  la  salle  à  manger,  pleine  d  enfants  ;  et,  franchissant
la  porte  d’un  petit  salon  ,  nous  trouvâmes  réunis  là  M.  S...  et  sa  femme  ,  et
madame  L...  Après  avoir  causé  un  instant  et  pris  quelques  rafraîchissements, ­
  M.  L...  donna  le  signal  du  départ.
—  Je  vais  vous  enlever  à  la  vie  civilisée  ;  c’est  au  milieu  du  désert,  dans
la  puszla,  queje  vous  conduis,  me  dit-il.
—  Eh  bien!  intervint  M.  S...,  moi,  je  m’oppose  à  ce  départ,  et  je  vais

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Hutte  et  puits  dans  la  puszta.

couper  les  traits  de  vos  chevaux,  si  vous  ne  me  promettez  pas  de  venir
demain,  à  midi,  dîner  avec  nous.  C’est  la  foire  de  Nagy-Atad.  M.  Tissot
verra  une  foire  hongroise.
J  acceptai  avec  enthousiasme,  et  M.  L...  se  vit  obligé  d  accepter  b  invitation ­
  avec  moi.
Deux  voitures  très-légères  nous  attendaient  dans  la  cour.  Madame  1,...
monta  dans  la  première  avec  sa  bonne  et  l’enfant;  M.  L...  et  moi,  nous
prîmes  place  dans  la  seconde.  Les  chevaux,  vifs  et  ardents  ,  partirent  avec
la  kitesse  de  1  éclair.  Bientôt,  maisons,  toits,  clochers  disparurent  a  nos
\eux.  Un  stoppe  immense,  une  plaine  infinie,  un  océan  de  terre  ferme,
une  mei  de  verdure  calme,  immobile,  silencieuse  comme  une  mer  morte  ,
déroulait  jusqu  a  1  horizon  ses  vastes  prairies  tout  unies,  que  les  champs  de
blé  mouchetaient  d’îlots  dorés.  Près  d’un  puits  en  forme  de  potence,  se
dressait  de  temps  en  temps  une  hutte  de  paille.  Pas  un  cri  d’oiseau,  pas  même
ce  bourdonnement  ailé  et  invisible,  qui  est  comme  la  voix  des  champs.  Le
silence  profond  de  l’immensité  !
            
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