Mais bientôt le calme renaissait, la discussion s’achevait sans entraves, et
1 on rentrait en ville au milieu des eljen du peuple acclamant la liberté
hongroise.
C’était sur le Rakos que se votaient les lois proposées par le roi, ou qui
devaient être soumises par la Diète à la sanction du souverain.
C’est sur le Rakos que, le 17 novembre 1308, Charles-Robert dut décla
rer nulle T intervention papale qu’il avait sollicitée, et qu’il fut obligé de se
soumettre humblement, comme ses prédécesseurs, aux chances d’un vote
ordinaire l .
C’est sur le Rakos, enfin, que les Hongrois en 1849, après quatre jours
de bataille, sentirent se ranimer leurs forces épuisées et marchèrent à l’en
nemi avec un nouveau courage.
L’histoire de cette nation est un poème épique.
Le regard découvre encore l’île de Csepely, où l’infortuné comte Zichv
tomba victime des visées ambitieuses du général Georgey. — Georgey
était un capitaine de fortune que la révolution avait mis au pavois; vou
lant attirer sur lui l’attention publique, il fit passer pour espion et pendre
sans aucune forme de procès le comte Eugène Zichv, qu’il avait trouvé por
teur d’un sauf-conduit autrichien. — Le comte Eugène Zichy, un des plus
riches propriétaires de Hongrie, était comte suprême d’Albe-Royale, et
le chef du parti conservateur. A l’arrivée des troupes de Jellachich à Albe-
Royale, il se démit de ses fonctions; mais Jellachich, qui le connaissait, vint
loger dans son grand palais et lui donna un sauf-conduit pour se rendre à
Pest. Georgey le fit arrêter et pendre dans l’île de Csepelw
Plus près, c’est File Marguerite, autour de laquelle le Danube coule avec
une lenteur paresseuse.
Du côté opposé, on aperçoit Palota, et Foth avec son grand parc tout
sombre et sa belle église construite par le comte Karolyi. Dans le lointain
se dessine le Nagyszal, au pied duquel se trouve Yacz.
Derrière Rude, de tous côtés s’ouvrent de vertes vallées, s’inclinent de
douces collines émaillées de villas et tapissées de vignes. Le vin qui croît
sur ces coteaux est très-renommé et a inspiré les poètes : « Eh! mon ami,
mon compatriote, s écrie A orosmarty, bois donc ! Es-tu triste ou découragé,
verse-toi a boire ! Le vin est mortel pour le chagrin; le vin rend la joie
saine; le vin est la panacée universelle! »
Un soleil triomphant répandait sur cet admirable paysage la bénédiction
1 La royauté fut de tout temps élective chez les Magyars, et jamais aucune idée de droit divin
ne fut liée chez eux à l’autorité monarchique. La bulle d’or des Hongrois, contemporaine de la
Grande Charte d’Angleterre, accordait au peuple les mêmes privilèges constitutionnels. Ou peut