Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  11  OIS  G  U1E

grondant  devant  leur  niche,  ses  chats  étendus  au  soleil,  les  yeux  à  demi
clos,  rêvant  de  souris  grasses!
La  voiture  était  prête,  le  cocher  attendait  sur  son  siège,  fier  et  droit
comme  un  heiduque,  dans  sa  veste  à  brandebourgs,  coiffé  d’un  petit  feutre
aux  bords  relevés,  la  moustache  toute  mastiquée  de  pommade  hongroise.
Enfin  M.  L...  arriva,  et  nous  partîmes  comme  on  part  toujours  dans  ce  pays,
—  à  fond  de  train.  Il  y  a  quelque  chose  de  vertigineux  dans  la  vitesse  avec
laquelle  on  parcourt  ces  immenses  plaines,  où  les  attelages  ont  autant  de
liberté  que  les  embarcations  sur  la  mer.  Parfois,  vous  vous  croiriez  emporté
dans  un  coup  de  vent.
Nous  roulions  depuis  un  quart  d’heure,  quand  nous  aperçûmes  des  toits
de  chaume  émergeant  de  massifs  verts.
—  Nous  y  voilà,  me  dit  M.  L...
La  voiture  s’était  arrêtée;  il  mit  pied  à  terre.  —  Je  suivis  son  exemple,
et  nous  entrâmes  dans  un  enclos  malpropre,  puant,  où  traînaient  des
tas  d  ordures;  étendues  sur  les  haies  et  sur  des  ficelles,  des  langes  et  des
guenilles  séchaient  tout  humides;  des  flaques  d’eau  visqueuses,  dans  lesquelles ­
  des  oies  se  vautraient  avec  un  plaisir  saligot,  entouraient  le  puits  a
demi  démantibulé,  et  qui  de  sa  poutre  levée  au  ciel  comme  un  seul  bras,
semblait  implorer  quelqu’un  ou  quelque  chose.  Dans  des  huttes  de  terre,
recouvertes  d’un  fouillis  d’orties  et  de  mauvaises  herbes,  au  milieu  desquelles ­
  se  pelotonnaient,  comme  des  araignées  monstrueuses,  des  citrouilles
d’un  gris  jaunâtre,  aux  vrilles  tortillées,  on  entendait  des  grognements
furieux  de  porcs  à  jeun.  Des  chiens  maigres,  aux  yeux  malades,  les  dents
aiguisées,  rôdaient  d’un  air  féroce  devant  le  seuil  des  portes,  attendant
vainement  un  os  à  ronger.
C’est  là  que  logent  les  domestiques  et  les  ouvriers  attachés  au  domaine
par  un  contrat  annuel.
Les  maisons  sans  étage,  bâties  en  terre  et  en  pisé,  sont  alignées  comme
des  baraquements  militaires.  Chaque  maison  est  composée  de  deux  vastes
pièces,  dans  chacune  desquelles  s  entassent  de  dix  à  dix-huit  personnes.
La  porte  donne  accès  dans  une  cuisine  commune,  divisée  en  six  foyers
pour  six  familles;  et  de  la  cuisine  on  pénètre  dans  les  chambres.  Le  sol
battu  sert  de  plancher.  Chaque  famille  occupe  l’espace  qui  lui  a  été  assigné
et  en  défend  les  limites  avec  un  égoïsme  farouche.  Ces  logements  sans
cloison  sont  meublés  d’une  manière  uniforme  :  d’un  banc,  de  deux  chaises,
d’une  table,  de  tablettes  fixées  au  mur,  d’une  lampe  à  pétrole  qui  descend
du  plafond,  attachée  à  une  corde,  et  d’un  lit  dans  lequel  couche  presque
            
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