Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

maison  à  l’épais  toit  de  chaume  :  c'est  l’auberge,  tenue  par  un  juif.  Elle
appartient  au  domaine  1  et  se  loue  douze  cents  florins  (trois  mille  francs)
par  an.  Si  le  paysan  boit  peu,  il  emprunte  beaucoup,  et  le  descendant  de
Jacob,  qui  ne  prête  jamais  au-dessous  de  cinquante  pour  cent,  fait  des
affaires  excellentes.  C’est  moins  un  aubergiste  qu’un  banquier  et  un  prêteur
à  la  petite  semaine.  Le  Magyar,  qui  croit  se  déshonorer  s’il  est  autre  chose
que  laboureur,  berger  ou  soldat,  exerce  bien  rarement  la  profession  d  aubergiste. ­
  Il  laisse  ce  rôle  de  valet  de  tout  le  monde  aux  Allemands  et  aux
juifs.  M.  de  Gérando  raconte  un  fait  personnel  qui  lui  arriva  un  jour  et  qui
montre  quelle  bonne  opinion  ont  les  Magyars  de  la  probité  tudesque  :
“  J  avais  oublié,  dit-il,  dans  une  auberge,  une  bague  à  laquelle  je  tenais
beaucoup.  Le  postillon  détela  un  de  ses  chevaux,  partit  au  galop  et  revint
avec  la  bague  que  je  croyais  perdue.  Je  lui  demandai  comment  il  s’y  était
pris  pour  la  retrouver  :  —  Il  n’y  avait  dans  l’auberge,  me  répondit-il,  que
des  paysans;  voyant  que  le  bijou  n’était  pas  sur  la  table  où  vous  l’aviez
laissé,  j’ai  dit  à  l’aubergiste  qui  jouait  la  surprise  :  —  Tu  es  le  seul  Allemand
ici;  donc  c’est  toi  qui  as  pris  la  bague.  Et  après  quelques  façons,  il  me  la
rendit.  »
Notre  voiture  s’était  arrêtée  :  nous  étions  arrivés  devant  la  maison  du
juge;  une  petite  table  noire,  fixée  à  une  des  poutres  qui  soutenaient  le  toit
en  saillie,  et  des  ordonnances  gouvernementales  clouées  près  de  la  porte,
1  indiquaient.Notre  ami  Déri  Janos  nous  attendait  en  fumant  sa  pipe.
Il  nous  fit  entrer  dans  la  salle  d  audience,  qui  servait  eu  même  temps  de
chambre  à  sa  famille  :  pièce  assez  spacieuse,  meublée  comme  se  meuble  le
paysan  hongrois,  sans  luxe,  du  strict  nécessaire  :  deux  lits,  un  coffre  de
bois  peint  servant  d’armoire,  une  table  avec  un  encrier,  quelques  chaises.
Une  grosse  horloge  accrochée  dans  un  coin  se  livrait  à  son  tic-tac  solitaire, ­
  comme  une  vieille  grand’mère  qui  radote.  Sur  une  tablette,  audessus
  d’une  croisée,  on  voyait  quelques  livres  se  soutenant  les  uns  les
autres,  semblables  à  une  bande  d’ivrognes  qui  trébuchent.  Une  lithographie
représentant  les  membres  du  ministère  magyar,  était  placée  à  l’endroit  le
plus  apparent  de  la  chambre,  et  une  vaste  étagère  garnie  d’assiettes,  de
plats,  de  cruches  coloriées,  indiquait  le  degré  d’aisance  du  propriétaire,
car  chez  la  plupart  des  paysans,  on  mange  tous  au  même  plat.  Mais  on
aurait  une  très-fausse  idée  des  Hongrois,  si  1  on  croyait  qu’ils  ont  conservé
la  malpropreté  orientale.  Les  tables,  les  bancs,  les  chaises,  la  vaisselle  sont
au  contraire  lavés,  frottés,  entretenus  avec  un  soin  presque  hollandais.  On
f  Le  seigneur  a  seul  le  droit  de  bâtir  des  auberges  dans  les  villages  situés  sur  ses  terres,  et
d’établir  des  moulins  et  des  bacs  sur  les  cours  d’eau  qui  traversent  sa  propriété.
            
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