Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE
de  petites  mousses  qui  fleurissent  timidement,  et,  entre  les  interstices  des
rochers,  des  herbes  curieuses  se  hasardent  à  regarder  si  le  ciel  est  calme
et  si  l’été  est  venu.  Puis  s’élevant  et  grandissant  par  degrés  des  arbustes
rabougris  s’abritent  derrière  de  hauts  blocs  de  rocher.  A  la  station  de
Gastua,  la  transformation  est  déjà  complète.  C’est  un  monde  nouveau.
De  petites  cabanes  se  montrent  souriantes,  à  demi  cachées  sous  des  rideaux
de  verdure  mobile,  (pii  laissent  échapper  des  bouffées  de  parfums;  les
haies  sont  toutes  frémissantes  d’ailes  et  de  chansons;  au  sommet  des
peupliers  argentés,  les  cigales  font  un  bruit  de  crécelle,  et  des  nuées  d  insectes ­
  bourdonnants  brillent  au  soleil  comme  une  poussière  d’or.  La
nature  rendue  à  la  vie  jette  son  cri  de  résurrection,  entonne  un  hymne
de  reconnaissance  et  de  joie.
Quand  on  a  descendu  encore  quelques  gradins  de  ces  terrasses  naturelles
formant  des  plateaux  successifs,  nuancés  de  végétations  aux  mille  formes,
aux  mille  teintes  et  aux  mille  odeurs,  on  découvre  tout  à  coup  la  mer
bleue  et  limpide  comme  un  firmament  tombé  dont  les  débris  étincelants
encadrent  les  îles  du  golfe  du  Quarnero,  qui  se  déploie  dans  sa  tranquille
et  radieuse  beauté,  avec  ses  criques,  ses  anses,  ses  promontoires,  ses
rades,  ses  jolis  ports  d’une  découpure  fine  et  pleine  de  caprice,  et  ses  côtes
parées  des  grâces  d’un  éternel  printemps.  Çà  et  là,  comme  des  nacelles
aux  voiles  déployées,  des  villas  blanches  se  dressent  sur  les  vagues  parfumées ­
  de  cette  végétation  profonde,  aux  teintes  ondoyantes,  roulant  ses
fleurs  d’orangers  et  de  citronniers  comme  des  franges  d’écume.  Et,  au
large,  sur  la  mer  que  le  soleil  couvre  d’une  couche  de  vif-argent,  des
barques  de  pêcheurs  se  tiennent  immobiles,  pareilles  à  des  papillons
arrêtés  sur  un  miroir.  A  droite,  le  Monte-Maggiore,  majestueusement  planté
sur  ses  bases  puissantes  que  recouvre  un  tapis  de  forêts,  dresse  dans
1  atmosphère  d’un  bleu  foncé  d’indigo  son  cône  abrupt  de  pierre  jaune,
cuivré  par  le  soleil.  L’arc  harmonieux  du  golfe  décrit  ici  une  longue  courbe
verte  tachée  de  points  blancs,  petites  maisonnettes  qui  ressemblent,  à
distance,  au  milieu  de  leur  jardin  touffu,  à  des  œufs  dans  un  nid  de
mousse.
A  gauche,  on  aperçoit  Buccari  paresseusement  couchée,  au  pied  d  un
amphithéâtre  ombragé  de  pampres,  au  bord  de  l’eau  bleue  et  dormante
de  sa  baie.  Et,  à  l’entrée  d’une  vallée  aux  dentelures  de  rempart,  Fiume
dresse  ses  clochers  aux  silhouettes  dorées,  déroule  ses  rues  poudreuses  et
avance  dans  la  mer  les  deux  bras  de  son  port,  comme  pour  les  ouvrir
amicalement  aux  navires  qui  arrivent.  L  admirable  position  de  cette  ville
rappelle  Genève,  mais  avec  quelque  chose  d  oriental,  de  chaud,  de
            
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