LA HON GEIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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les Bohémiennes. Leur peau transparente, line, polie comme de l’agate, au
grain solide, fait merveilleusement ressortir la pureté de leurs traits. Leurs
grands yeux noirs, dans lesquels le soleil de l’Asie a laissé son reflet brû
lant, vous fascinent de leur long regard.
— Entrons, fit le juge.
La Tzigane s’écarta en souriant, et nous pénétrâmes dans la maisonnette,
qui se composait d’une unique chambre, et dont la propreté me frappa.
J’en fis la remarque à notre guide, qui m’avoua qu’il avait annoncé la veille
notre visite.
Quant à l’ameublement, il n’existait pas. Il faut qu’un Bohémien soit
riche pour qu’il orne sa demeure de tables, de chaises et d’un lit. Il s’as
sied, mange et se couche par terre.
Au milieu de la pièce, un pot de grès, placé sur un tas de braise,
cuisait.
Le Tzigane n’a pas d’heure fixe pour ses repas; il mange à la façon des
sauvages, quand il a faim. Sa cuisine, qui n’a pas la variété de celle du baron
Brisse, se compose généralement de pommes de terre, de lait et de lard; elle
a cependant aussi ses raffinements. Les hérissons, les renards, les écureuils,
les chats sont pour le Bohémien des régals princiers. Il dresse ses chiens à
chasser le hérisson et le renard. Les deux viandes ne se préparent pas de la
même manière. Le hérisson, dépouillé de ses piquants, est frictionné d’ail,
lardé d’oignon, embroché et exposé à un feu vif; comme cet animal est très-
gras, il a la chair fort succulente. Le renard, après avoir été exposé pen
dant deux jours dans une eau courante, est cuit sous la cendre, dans un
trou tapissé de feuilles vertes. Les Tziganes sont aussi très-friands de la
viande des animaux crevés ; quand ils apprennent qu’un incendie a éclaté
quelque part, ils s’empressent d accourir, pour s’emparer des bêtes enfouies
sous les décombres. De même que les Orientaux, ils ne connaissent pas
d autre manière de manger qu’avec leurs doigts.
H y a encore en Hongrie cent cinquante mille Tziganes. Ces éternels vaga
bonds, indifférents depuis tant de siècles à tous les progrès de la civili
sation, ces rois fainéants de la solitude, comme on les a appelés, errant
pour la plupart sans feu ni heu , avec leurs charrettes traînées par des
chevaux poussifs, et escortées de femmes aux vêtements bizarres, de
jeunes filles et d’enfants nus, regardent maintenant ce pays comme leur
patrie.
tandis que partout ailleurs on les poursuivait à l’égal des juifs, qu on
les traquait et qu’on les persécutait comme artisans de sortilège et de magie,
qu on les assimilait dans toute T Allemagne aux Turcs et autres ennemis de