Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

la  foi,  et  qu’en  Prusse  le  roi  Frédéric  I er ,  dans  un  édit  en  date  du  5  octobre ­
  1725,  ordonnait  que  tout  Tzigane  âgé  de  moins  de  dix-huit  ans,  sans
distinction  de  sexe,  qui  franchirait  la  frontière,  fut  pendu 1 ,  en  Hongrie,
ou  les  prenait  en  pitié,  ou  les  accueillait  et  on  les  adoptait  comme  des
enfants  trouvés.  Ce  fut  au  quinzième  siècle  qu’on  vit  pour  la  première  fois
apparaître  sur  les  bords  de  la  Maros  et  de  la  Theiss  ces  bandes  d’hommes
étranges,  au  teint  basané,  aux  cheveux  longs  et  crépus,  au  regard  profond
et  mystérieux  comme  les  contrées  inconnues  d’où  ils  sortaient.
Le  roi  Sigismond  leur  accorda  une  libérale  hospitalité  et  les  munit  de
sauf-conduits  qui  leur  permirent  de  s’en  aller  où  bon  leur  semblait,  sous
la  conduite  de  leurs  chefs  ou  voivodes,  avec  leurs  troupeaux  d’ânes  et  de
chevaux.  Le  palatin  de  Hongrie  recommanda  également  à  la  commisération
publique  «ce  pauvre  peuple  errant,  sans  patrie,  et  que  tout  le  monde
repoussait  ».
D’où  venaient  ces  nomades,  que  partout  ailleurs  on  maltraitait?
Les  uns  les  faisaient  sortir  d’Égypte,  le  pays  classique  de  la  superstition
et  de  la  sorcellerie;  de  la  ville  de  Singara  en  Mésopotamie;  les  autres  prétendaient ­
  que  c  étaient  des  Tartares  chassés  des  plaines  de  l’Asie.
Aujourd’hui,  la  science  est  définitivement  fixée  sur  leur  origine  :  on  sait
qu’ils  viennent  de  l’Hindoustan.  Leur  langue  a  une  ressemblance  frappante
avec  les  idiomes  sanscrits  2  ;  on  retrouve  dans  le  malabar  et  le  bengali  quantité ­
  de  termes  qu’ils  emploient.  Iîéber,  évêque  gallican  de  Calcutta,  a  rencontré ­
  sur  les  bords  du  Gange  un  campement  de  Tziganes  hindous  qui  parlaient ­
  à  peu  près  la  même  langue  que  leurs  frères  d  Europe.  La  similitude
physique  n’est  pas  moins  grande,  et  ils  exercent  à  peu  près  les  mêmes
métiers  que  les  parias  de  l’Inde.  Ce  qui  prouve  bien  qu’ils  appartenaient  à

1  En  Moldo-Valachie,  les  Tziganes  étaient  encore  il  n’y  a  pas  longtemps  regardés  comme  des
bêtes  de  somme  et  traités  en  esclaves.  Voici  l’annonce  que  publiaient  en  1845  les  journaux  de
Bucharest  :  «  Les  fils  et  héritiers  de  feu  le  serdar  INika  ,  de  Bucharest,  exposent  en  vente  deux
cents  familles  de  Tziganes.  Les  hommes  exercent  les  métiers  de  serrurier,  orfèvre,  cordonnier,
musicien  et  agriculteur.  On  ne  vendra  pas  moins  de  cinq  familles  à  la  fois;  par  contre,  le  prix
demandé  est  d’un  ducat  meilleur  marché  que  le  prix  ordinaire.  Facilités  de  payement.  »
Un  voyageur  anglais,  Walsh,  qui  parcourut  la  Valachie  et  la  Moldavie  en  1825,  dit  que  lorsqu’un ­
  Tzigane  appartenant  a  un  boyard  était  tue  par  son  maître,  on  n’y  prenait  pas  garde  ;  si  le
meurtre  avait  été  commis  par  un  étranger,  celui-ci  était  frappé  d’une  amende  de  quatre-vingts
florins.  Les  fautes  légères  que  commettaient  les  Tziganes  étaient  punies  par  la  bastonnade  sur  la
plante  des  pieds,  ou  par  1  application  d  un  masque  defer  dans  lequel  on  leur  enfermait  la  tête  pour
un  temps  plus  ou  moins  long.  Ce  châtiment  empochait  la  victime  de  manger  et  de  boire.  Ceux
qui  avaient  commis  quelque  larcin  étaient  attachés  par  le  cou  et  les  bras  à  une  planche  qu’ils
portaient  sur  les  épaules,  et  qui  devait  ressembler  beaucoup  à  la  caïujue  chinoise.
2  En  langue  tzigane,  la  bouche  s’appelle  mui;  en  sanscrit,  mu;  la  tête,  shero  en  tzigane,  et  ser  en
sanscrit;  le  nez,  les  cheveux,  etc.,  sont  désignés  par  les  mêmes  mots  dans  les  deux  langues.  Les
Hindous  appellent  le  cheval  gorra  ;  les  Tziganes,grai  et  groa.  Balo  veut  dire  cochon  en  sanscrit;
en  langue  tzig.'ne,  on  désigne  aussi  le  porc  sons  ce  nom.
            
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