Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

T.A  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

227

la  classe  opprimée,  c’est  que  leur  langage  n’a  pas  de  mots  pour  exprimer
la  joie,  le  bonheur,  le  bien-être,  la  richesse,  la  prospérité;  par  contre,  ou
V  trouve  les  mots  signifiant  le  deuil,  la  douleur,  la  crainte,  le  chagrin.
Le  nom  de  Tziganes  qu’on  leur  a  donné  en  Hongrie,  en  Turquie,  en
Russie,  en  Pologne,  en  Bohême  et  en  Allemagne,  dérive  du  sanscrit  Z  ingarie
  1 .  Cette  ressemblance  étymologique  avait  déjà  frappé  les  Anglais,  bien
avant  qu’on  fût  d’accord  sur  leur  véritable  origine.
Plusieurs  fois  on  a  essavé  de  fixer  leur  humeur  vagabonde;  Joseph  II
voulut  les  attacher  à  la  terre  :  il  leur  lit  bâtir  des  cabanes,  leur  distribua
des  instruments  aratoires  et  leur  ordonna  d’ensemencer  leurs  champs.
Mais  au  lieu  de  s  établir  dans  les  maisons  commodes  qu  on  leur  avait  construites, ­
  ils  y  logèrent  leurs  bestiaux,  et  dressèrent  leurs  tentes  à  côté.
Puis,  pour  empêcher  que  le  blé  ne  germât,  ils  le  firent  bouillir.  Joseph  II
ne  s’en  était  pas  tenu  là  :  il  avait  aboli  leur  langue  comme  il  avait  aboli  la
langue  magyare  ;  il  leur  avait  donné  un  autre  nom  et  les  avait  appelés  «  les
nouveaux  paysans»;  enfin  il  leur  avait  enlevé  tous  leurs  enfants,  qu  il
avait  mis  chez  des  colons  allemands  et  magyars,  lesquels  devaient  les
façonner  au  travail  et  à  T  obéissance.  Mais  donnez  des  loups  à  nourrir  à
une  chienne,  ils  n’en  resteront  pas  moins  loups.  Les  petits  Tziganes  grandirent ­
  en  conservant  tous  les  instincts  de  leur  race;  et,  à  la  première  occasion, ­
  ils  s’enfuirent  et  vinrent  rejoindre  leurs  parents.
Jusqu’ici  tous  les  essais  de  civilisation  tentés  sur  eux  ont  été  inutiles.  On
n’a  pu  les  séduire  ni  par  l’appât  de  l’or  ni  par  d’autres  promesses.  Leur
nature  sauvage  finit  toujours  par  reprendre  le  dessus.  On  raconte  à  ce  sujet
des  anecdotes  bien  caractéristiques.
Un  Tzigane,  parvenu  au  grade  d  officier  supérieur  dans  l’armée  autrichienne, ­
  disparut  un  beau  jour.  On  le  rencontra  six  mois  après  avec  une
bande  de  Bohémiens  qui  campaient  dans  les  steppes.
Un  jeune  paysan  slovaque  avait  épousé  une  belle  Tzigane.  Quand  il
s’absentait,  sa  femme  se  sauvait  dans  les  bois,  dormait  à  la  belle  étoile,  se
nourrissait  de  hérissons,  comme  au  temps  où  elle  errait  libre  avec  sa  tribu.
Liszt  aussi  voulut  apprivoiser  un  petit  Tzigane;  il  le  prit  avec  lui  à  Paris,
lui  donna  des  maîtres;  mais  T  écolier  fut  intraitable  et  ne  supporta  pas  la
température  de  notre  société.  «  3  ou  s  le  fîmes  venir  à  Vienne,  dit  Liszt,
pour  qu’il  pût  y  rejoindre  les  siens  s’il  en  avait  le  désir.  Lorsqu’il  les  revit,
son  ravissement  n’eut  pas  de  bornes,  et  l’on  crut  qu’il  allait  en  devenir  fou.  »
1  En  France,  on  les  appelle  Bohémiens,  parce  que  les  premiers  qu’on  y  vit  venaient  Je  Bohème  :
Galli  Bohemos  vocant,  i/uod  indidem  ex  Bohemia  primos  illorum  essel  notitia.  (VüLCtsus,
Luj'J.,  1597.)
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.