Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  IIOJNGIUE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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Et  nous  voilà  de  nouveau  roulant  à  travers  la  puszta,  que  le  ciel  criblait
de  ses  rayons  ardents.  On  eût  dit  que  la  terre  tressaillait  sous  la  pluie  d’or
du  soleil.  Les  blés  avaient  au  loin  des  dénouements  de  chevelures
blondes  dans  la  soie  verte  des  gazons  ;  et  des  souilles  chauds  comme  une
haleine  passaient.  Des  traînées  de  lumière  zébraient  la  vaste  plaine  des
plus  admirables  nuances  :  de  teintes  de  topaze,  d’améthyste,  de  lapis-lazuli  ;
des  champs  de  trèlle  déployaient  leur  nappe,  mouvante  et  rose  comme
celle  d’un  lac  au  coucher  du  soleil,  et  les  cailles  y  plongeaient  en  poussant  un
cri  d’appel.  Au  bout  de  l’horizon,  une  blanche  ligne  de  nuages  ressemblait  à
des  voiles  de  navires  passant  en  Hotte.  Près  de  nous,  des  éperviers  rôdaient,
les  serres  ouvertes  ;  un  aigle  que  nous  aperçûmes  se  jouant  dans  les  airs,  à
dix  minutes  de  1  endroit  où  nous  étions,  nous  inspira  F  idée  de  lui  donner  la
chasse.  Le  cocher  lança  ses  chevaux  à  fond  de  train.  L’aigle  ne  parut  pas
s’en  inquiéter  :  il  continuait  de  voler  lentement,  tantôt  descendant  au  ras
du  sol,  tantôt  remontant  d’un  coup  d’aile  à  une  hauteur  de  plusieurs
mètres.
Caché  derrière  le  cocher,  j’avais  épaulé  mon  fusil.
—  Visez  bien  et  dépêchez-vous,  me  recommanda  M.  L...
Je  pressai  la  gâchette,  le  coup  partit...  et  l’aigle  aussi.
—  J’en  ai  tué  bien  souvent  en  me  promenant  ainsi  en  voiture,  me  dit
M.  L...;  mais  j’avoue  que  c’est  assez  difficile.
Je  suivais  d’un  œil  d’envie  et  de  regret  l’énorme  oiseau,  couleur  de
rouille,  qui  fuyait  d’un  vol  oblique.
L’aigle  impérial,  qui  est  migrateur  et  habite  la  plaine,  est  fort  commun
en  Hongrie.  D’une  taille  plus  ramassée,  plus  petite,  que  celle  de  l’aigle
fauve,  il  s’attaque  généralement  aux  lièvres  et  aux  jeunes  renards.  Dès
qu’il  aperçoit  un  de  ces  animaux,  il  se  met  à  décrire  des  cercles  qui  se
rétrécissent  de  plus  en  plus,  puis  descendant  eu  spirale,  avec  une  vitesse
vertigineuse,  droit  sur  sa  proie,  il  rabat  ses  ailes  et  lui  enfonce  ses  serres
dans  le  cou,  de  manière  à  F  étouffer.
Les  steppes  de  Hongrie  sont  pleins  de  surprises  et  d’enchantements.  Je
devais  en  avoir  une  nouvelle  preuve  pendant  la  course  que  nous  faisions.
Une  forêt  de  pins  touffus  et  serrés  surgit  tout  à  coup  devant  nous  au
moment  où  je  m’y  attendais  le  moins.  Tout  autour  s’étendaient  des  marécages ­
  et  des  fossés  hérissés  de  roseaux  et  de  joncs  s’entre-croisant  comme
des  sabres  et  des  lances.  En  automne,  ces  flaques  d  eau  fourmillent  d  oies
sauvages  et  de  canards.  Nous  nous  engageâmes  dans  la  loiêt  pai
deux  petit  chemin,  embaumé  de  l’odeur  des  résines  Laiches  et  dessin
            
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