Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

244
Il  monta  dans  la  voiture  à  côté  de  nous,  et  nous  raconta  qu’il  était  eu
chasse  depuis  le  matin,  mais  que  ces  coquins  de  lièvres  s’étaient  donné  le
mot,  et  qu’il  n’en  avait  pas  rencontré  un  seul.
—  Dis  la  vérité,  lui  répondit  M.  L.  .,  tu  as  dormi  sons  un  arbre.  Tuas
trop  bu  hier.
—  C’est-à-dire  que  j’ai  fait  semblant  de  dormir.  .1  ai  pensé  que  les  lièvres,
en  me  voyant  étendu  sur  l’herbe,  n’auraient  plus  peur.
C’était  un  joyeux  compère  que  ce  garde,  à  demi  Allemand  et  à  demi  Hongrois. ­
  Il  avait  servi  plusieurs  maîtres,  qui  tous  avaient  du  tenir  davantage
compte  des  facéties  qu’il  leur  débitait  que  du  gibier  qu’il  leur  tuait.
Un  peu  avant  le  crépuscule,  nous  étions  revenus  à  la  puszla  de  M.  L...,
et  coupant  en  droite  ligne  à  travers  champs,  nous  allâmes,  le  garde  et  moi,
nous  poster  sous  des  chênes,  à  cinq  minutes  de  distance  l’un  de  l’autre.  Le
soleil  se  couchait,  énorme  et  tout  ronge,  comme  en  pleine  mer.  Ses  rayons
coulaient  à  travers  les  branches,  pareils  à  des  flots  de  sang  ruisselant  d’une
blessure  du  ciel.  J’en  étais  comme  trempé.  Mes  vêtements  étaient  rouges,  mes
mains  étaient  rouges,  le  tronc  de  l’arbre  derrière  lequel  je  me  tenais  semblait
saigner,  et  les  pigeons  qui  passaient  au  loin,  par  couples,  ressemblaient  à
des  lambeaux  d’étoffe  rouge  emportés  par  le  vent.  Cependant,  à  mesure
que  le  jour  disparaissait  et  que  la  forme  des  objets  s’effacait,  les  teintes
vives,  intenses,  s’adoucissaient,  se  fondaient  et  se  noyaient.  Le  soleil  s’évanouit ­
  tout  à  coup,  et  il  ne  resta  plus  à  l’horizon  que  des  nuages  légers,
d’une  blancheur  d’ouate,  qui  semblaient  doublés  de  satin  rose.  A  leur
lour,  ils  pâlirent  et  s’effacèrent  lentement,  par  des  dégradations  d’une
délicatesse  exquise.
Tout  entier  à  ce  spectacle,  je  n’avais  plus  pensé  à  mon  fusil  et  aux
ramiers  qui  venaient  gîter  au-dessus  de  moi,  dans  l’épais  couvert  du
chêne.
L’heure  de  l’affût  était  passée.
—  Après  les  ramiers,  m’avait  dit  le  garde,  les  lièvres  :  dans  cette
saison,  ils  aiment  à  folâtrer  sur  I  herbette.
Je  me  couchai  à  terre,  et,  le  fusil  épaulé,  j’attendis.
On  eût  dit  que  tout  dormait  dans  la  vaste  plaine;  ni  les  blés  ni  les  herbes
ne  bougeaient;  au  loin,  pas  un  bruit,  pas  une  lumière,  pas  même  la  danse
silencieuse  d’un  feu  follet.  Dans  1  ombre,  les  choses,  immobiles  et  muettes,
se  confondaient  en  masses  indécises,  et  les  fleurs  et  les  herbes  exhalaient
d’enivrants  parfums.
Enfin  la  lune  paresseuse  sortit  de  son  lit  de  nuages,  et  ses  rayons
mirent  des  blancheurs  et  des  puretés  de  neige  sur  les  gazons.  C’était  un  de
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.