LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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Il monta dans la voiture à côté de nous, et nous raconta qu’il était eu
chasse depuis le matin, mais que ces coquins de lièvres s’étaient donné le
mot, et qu’il n’en avait pas rencontré un seul.
— Dis la vérité, lui répondit M. L. ., tu as dormi sons un arbre. Tuas
trop bu hier.
— C’est-à-dire que j’ai fait semblant de dormir. .1 ai pensé que les lièvres,
en me voyant étendu sur l’herbe, n’auraient plus peur.
C’était un joyeux compère que ce garde, à demi Allemand et à demi Hon
grois. Il avait servi plusieurs maîtres, qui tous avaient du tenir davantage
compte des facéties qu’il leur débitait que du gibier qu’il leur tuait.
Un peu avant le crépuscule, nous étions revenus à la puszla de M. L...,
et coupant en droite ligne à travers champs, nous allâmes, le garde et moi,
nous poster sous des chênes, à cinq minutes de distance l’un de l’autre. Le
soleil se couchait, énorme et tout ronge, comme en pleine mer. Ses rayons
coulaient à travers les branches, pareils à des flots de sang ruisselant d’une
blessure du ciel. J’en étais comme trempé. Mes vêtements étaient rouges, mes
mains étaient rouges, le tronc de l’arbre derrière lequel je me tenais semblait
saigner, et les pigeons qui passaient au loin, par couples, ressemblaient à
des lambeaux d’étoffe rouge emportés par le vent. Cependant, à mesure
que le jour disparaissait et que la forme des objets s’effacait, les teintes
vives, intenses, s’adoucissaient, se fondaient et se noyaient. Le soleil s’éva
nouit tout à coup, et il ne resta plus à l’horizon que des nuages légers,
d’une blancheur d’ouate, qui semblaient doublés de satin rose. A leur
lour, ils pâlirent et s’effacèrent lentement, par des dégradations d’une
délicatesse exquise.
Tout entier à ce spectacle, je n’avais plus pensé à mon fusil et aux
ramiers qui venaient gîter au-dessus de moi, dans l’épais couvert du
chêne.
L’heure de l’affût était passée.
— Après les ramiers, m’avait dit le garde, les lièvres : dans cette
saison, ils aiment à folâtrer sur I herbette.
Je me couchai à terre, et, le fusil épaulé, j’attendis.
On eût dit que tout dormait dans la vaste plaine; ni les blés ni les herbes
ne bougeaient; au loin, pas un bruit, pas une lumière, pas même la danse
silencieuse d’un feu follet. Dans 1 ombre, les choses, immobiles et muettes,
se confondaient en masses indécises, et les fleurs et les herbes exhalaient
d’enivrants parfums.
Enfin la lune paresseuse sortit de son lit de nuages, et ses rayons
mirent des blancheurs et des puretés de neige sur les gazons. C’était un de