Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
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neige serait-elle bonne, si elle n’indiquait pas les passes du gibier? Au bout 
de vingt minutes, tout le monde était à son poste ; comme Sa Grâce me 
b avait recommandé, je m’étais placé à dix pas du chasseur, que je me pro 
mettais bien de ne pas quitter de l’œil. Je me disais à part moi : « G’est un 
serin. » Les traqueurs rabattaient sur nous en poussant des cris de sauvages : 
« U ou! hou! » et bientôt, pif, paf, poum ! les coups de fusil se succé 
dèrent comme dans une chaîne de tirailleurs. Oh! que vous auriez rien 
voyant ces pauvres lièvres, qui s’élancaient éperdus hors des taillis, sauter 
en l’air, faire la culbute et retomber sur la neige baignés dans leur sang! Ces 
chasses-la, voyez-vous, monsieur, c’est toujours très-amusant. Mon amateur 
en veston à collet vert tirait comme un imbécile à tort et à travers, sans 
rien tuer; mais, iront ! voici qu’une grosse hase s’enfuit de son côté ; de 
peur de la manquer, mon étourdi lâche ses deux coups à la fois, et ce n’est 
pas 1 animal, mais c’est lui qui tombe â la renverse en poussant un grand 
cri. Courir à son secours, le relever, ce fut pour moi l’affaire d’une minute; 
il n avait heureusement rien, — qu’une dent cassée, une molaire ! Ces 
fusils anglais vous jouent, paraît-il, de ces tours de dentiste. Je m en suis 
toujours méfié. Les traqueurs venaient de sortir du bois; ils s’étendaient 
sur une longue ligne; plusieurs d’entre eux portaient par les pattes des 
lièvres qu’ils avaient achevés â coups d’épieu. On entassa le gibier sur une 
voiture; il y en avait une montagne. Nous nous dirigeâmes ensuite vers une 
forêt de chênes voisine : on y trouvait toujours des sangliers. 
Les traqueurs allèrent vers l’endroit où ils savaient que les solitaires 
avaient I habitude de se banger. Pendant ce temps, chacun de nous prenait 
son poste ; je m’étais placé â côté de mon amateur, que je surveillais 
toujours du coin de l’œil ; il était monté sur un petit tertre, espérant sans 
doute être, là-haut, hors de P atteinte des sangliers. A partir de ce mo 
ment, tout le monde garda.le silence ; c’est de règle dans cette chasse-là. 
On eût dit que la forêt dormait. 
bientôt cependant un bruit vague retentit dans le lointain et grandit do 
minute en minute, si bien que la forêt en fut toute pleine. Des eouj>s de 
fusil partaient, roulant d écho en écho. Nous étions bien depuis une 
demi-heure a notre poste, et vous pouvez penser si je m’amusais, avec un 
coco de ce calibre. J’avais tiré ma pipe, et je fumais en me racontant des 
histoires. C’est une de mes ressources, monsieur, quand je m’ennuie ou 
que je suis dans la société des sots. 
l’ont ii coup j entends craquer les branches du fourré qui était devant 
nous ; je regarde et vois sortir une dizaine de sangliers, qui sont accueillis, 
comme ils le méritaient, par une fusillade générale. Ils avaient obliqué a
	        
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