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LA HONGRIE
debout les premiers. Après leur leçon, ils montent à cheval. Si vous êtes
matineux, on vous donne un fusil et l’on vous invite à chasser dans les
environs.
Pendant toute la matinée, le maître du château est très-occupé; la haute
aristocratie hongroise a conservé 1 habitude de faire valoir elle-même ses
terres, et ce n est pas une mince besogne d indiquer à chacun sa tâche dans
une administration quelquefois aussi vaste et plus compliquée que celle
d’un petit État. Il y a bien les ispans ou intendants; mais les intendants
sont comme les caissiers, ils ont souvent des nostalgies de Belgique.
Tel est le train ordinaire de la vie dans le château d’un gentilhomme
magyar. En hiver, il ira peut-être avec sa famille passer deux ou trois mois
à Pest. Vivant éloigné de la cour, il n’attend rien de ses faveurs, et con
serve, en même temps que sa dignité, toute sa fierté et son indépendance.
Il place ainsi les intérêts de son pays avant ses intérêts personnels; aussi la
noblesse hongroise est-elle, avant tout, animée d’un esprit patriotique
ardent qui l’a toujours poussée à se mettre à la tête des réformes jugées
nécessaires, et des insurrections nationales. Large d’idées, généreuse, elle
n’a rien de la morgue méprisante et de la suffisance hautaine de la
noblesse allemande. Un noble magyar s’entretient familièrement avec un
paysan, et il a sur lui cette autorité morale des gentlemen farmers anglais.
L’aristocratie hongroise est restée une classe dirigeante, parce qu elle se
mêle au peuple, qui accepte sa direction et ses conseils, et que c’est parmi
elle que la liberté a toujours compté ses plus vaillants et ses plus chevale
resques défenseurs. En 18 40, la noblesse vota la loi de la langue, qui rem
plaça le latin par le magyar ; elle restreignit elle-même ses privilèges et se
condamna à l’impôt, dont elle était exempte; d’un commun accord avec le
clergé, elle vota en 18 48 l’abolition de la corvée et de la dîme, la liberté
de la presse et l’établissement du jury.
L’aristocratie magyare se divise en trois classes : les magnats, qu'on
peut comparer aux pairs anglais; les nobles sans titres, formant une bour
geoisie aristocratique correspondant â la gentry d’outre-Manche ; et la
noblesse en sandales, la noblesse rustique, composée de pauvres diables et
de paysans. Lors de la guerre contre les Turcs, des villages entiers furent
anoblis en bloc, en récompense des services militaires que leurs habitants
avaient rendus au pays. Le roi, en octroyant la liberté â ces paysans, leur
donnait en même temps la noblesse; car, en Hongrie, le mot noble n’a, au
fond, pas d’autre signification que celle d’homme libre. La liberté reposait
sur des privilèges. Ces gentilshommes vêtus de peau de mouton sont sur
nommés Bocskoros, ce qui veut dire « chaussés de sandales », parce que