Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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teinte  de  vert,  jaune  paille  ou  rouge  grenat.  Le  tokay,  d’abord  d’un  jaune
tirant  sur  le  brun,  prend  une  belle  teinte  verdâtre  en  vieillissant.
Les  Hongrois  sont  beaux  parleurs,  et  le  vin  aidant,  la  conversation  est
toujours  très-animée  pendant  les  repas.  Les  dames  y  prennent  une  part
brillante,  dénotant  une  intelligence  cultivée,  au  courant  de  tout,  aussi  bien
des  questions  de  mode  que  des  questions  de  politique  et  de  littérature.  La
Hongroise  a  cela  de  commun  avec  la  Française,  qu  elle  a  l’esprit  naturellement ­
  vif,  gai,  plein  de  finesse.  Ses  reparties  ont  de  la  promptitude  et  du
bon  sens.
C’est  dans  son  intérieur  que  la  femme  hongroise  se  montre  dans  toute  sa
grâce  et  exerce  son  charme  souverain.  Les  voyageurs  allemands,  par  un
sentiment  de  jalousie  compréhensible  et  presque  excusable,  si  l’on  mesure
la  distance  qui  sépare  F  Allemande  de  la  Hongroise,  ont  fort  dénigré  celle-ci.
Ses  goûts  d  élégance  et  d  apparente  frivolité,  sa  passion  pour  le  sport  et  la
chasse,  ne  l’empêchent  cependant  point  d’être  la  plus  dévouée  des  mères,
de  savoir  sourire  à  la  souffrance  et  d’être  sublime  de  courage  et  d’abnégation ­
  aux  heures  sombres  et  tourmentées  de  l’histoire  de  la  patrie.
Quand  on  veut  particulièrement  honorer  un  lióte,  on  fait  défiler  devant
lui  une  succession  de  plats  qui  finit  par  lui  donner  le  vertige  de  l’indigestion. ­
  Mais  comme  le  Hongrois  a  conservé  ses  traditions  de  politesse  et  de
respect  de  la  liberté  individuelle,  jamais  on  ne  vous  force  de  boire  ni  de
manger.  «  Vous  êtes  chez  vous,  faites  comme  chez  vous  »  ,  vous  dit  le
maître  de  la  maison,  en  venant  à  votre  arrivée  vous  saluer,  vous  serrer  la
main  et  vous  offrir  une  pipe  ou  un  cigare.
Après  dîner,  on  monte  en  voiture  et  l’on  fait  une  promenade  à  travers
champs  ou  jusqu  à  un  château  voisin.  Si  c'est  un  dimanche,  on  va  voir  les
villageoises  danser.  Souvent  c’est  le  propriétaire  du  domaine,  —  le  seigneur, ­
  comme  on  1  appelle  encore,  —  qui  paye  les  musiciens.  En  échange,
les  paysans  lui  donnent  un  nombre  convenu  de  journées  de  travail.  Le
peuple  hongrois  est  le  plus  danseur  de  la  terre  ;  il  danse  à  toute  heure  du
jour,  dès  qu’il  entend  résonner  de  la  musique.  Un  de  mes  amis,  qui  a  traversé ­
  ce  printemps  la  Hongrie,  me  racontait  qu’au  milieu  des  vastes
plaines  inondées,  on  voyait  çà  et  là  quelques  îlots  de  terre  sur  lesquels  des
jupons  rouges  tournaient.
Le  soir  venu,  après  le  souper,  s’il  y  a  des  jeunes  filles  et  des  jeunes  gens
au  château,  on  danse  pendant  que  le  maître  de  la  maison  fait  sa  partie  de
whist  avec  le  curé.  L  institutrice  allemande  ou  française  tient  le  piano.
Le  lendemain,  jusqu’à  dix  heures,  tout  est  silencieux  dans  la  maison.
Chacun  se  lève  et  déjeune  quand  il  veut.  Les  enfants  sont  ordinairement
            
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