Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA HONGRIE 
« Quand nous fûmes proches de la tcharda, les sons entraînants d’un 
orchestre de Tziganes frappèrent nos oreilles. 
« — Mon Dieu! m’écriai-je, tous les brigands de la contrée se sont 
réunis là ce soir ! 
« — Nous voulions aller au bal à Arad, répondit la comtesse en riant, 
et nous en trouvons un sur notre chemin. Quel heureux hasard! 
V. Elle se dirigea sans hésiter vers la porte de l’auberge. 
« Un moment, j’eus la pensée de faire volte-face, de la planter là et de 
prendre le large. Mais mademoiselle Césarine, la demoiselle de compagnie de 
la comtesse, s’était accrochée à mon bras, qu elle serrait comme dans un étau. 
La pauvre fille tremblait comme une feuille et était à moitié morte de peur. 
« Les exclamations et les cris sauvages que poussaient les danseurs n ar 
rêtèrent point la comtesse; elle ouvrit bravement la porte et entra. 
« Nous pénétrâmes à sa suite dans une longue pièce remplie de fumée. 
D’abord, je crus voir une cinquantaine de bandits qui sautaient et chau 
laient comme des sauvages autour de nous; mais, remis de ma première 
frayeur, je les comptai : ils n’étaient que neuf, y compris T aubergiste et les 
trois musiciens tziganes. Parbleu! c’était bien assez! Cinq hommes superbes : 
de vrais colosses dont la tête atteignait le plafond! Chacun d’eux portait 
une paire de pistolets à la ceinture et d énormes moustaches. Quand ils 
nous aperçurent, ils cessèrent de danser et nous regardèrent de leurs grands 
yeux brillants. Notre audace leur causait une certaine surprise, et je vis 
qu’ils ne nous prenaient pas pour des gens tout à fait ordinaires. Ma petite 
comtesse s’approcha d’eux, avec son sourire magique, et leur dit de sa 
douce voix câline : 
« — Pardonnez-nous de venir vous déranger sans nous faire annoncer, 
mais nous nous sommes perdus dans la forêt, et comme 1 obscurité nous 
empêche de continuer notre route, nous vous prions de nous accorder 
P hospitalité pour cette nuit. 
« Le plus grand et le plus beau des cinq bandits s’avança au-devant d’elle 
en frisant sa moustache; il ôta son chapeau, fit sonner ses éperons, et, s’in 
clinant gracieusement, il dit à la comtesse, toujours souriante, que sa pré 
sence, loin de les déranger, honorait beaucoup la compagnie et le rendait 
personnellement très-heureux, car c’était lui, Fekete Joszi (un frisson me 
courut dans le dos en entendant le nom du célèbre brigand), c était lui qui 
régalait ce soir ses amis; en sa qualité de maître de céans, il demanda à la 
comtesse à qui il avait l’honneur de parler. 
« Avant que je pusse lui faire signe de taire son nom, 1 imprudente avait 
déjà répondu :
	        
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