Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

«  Je  gagnai  de  nouveau,  et  de  nouveau  je  refusai  de  prendre  ce  qui  me
revenait.  Je  gagnai  encore  pour  la  troisième  fois,  pour  la  quatrième,  pour
la  cinquième,  la  sixième  et  la  septième  fois!  Des  gouttes  de  sueur  perlaient
à  mon  front.  Ah!  je  vous  le  jure,  c’est  bien  pénible  de  gagner  l’argent  d’un
bandit!  Le  huitième  enjeu  m’appartint  encore.  Eh!  pourquoi  n’ai-je
jamais  une  veine  pareille  pendant  la  session  de  la  Diète?  Intérieurement
je  priais  Dieu  :  —Seigneur,  disais-je,  délivrez-moi  de  cet  argent,  qui  est  de
l’argent  volé;  faites  gagner  cet  assassin!  Supplications  inutiles!  Le  ciel
ne  voulut  pas  se  mêler  de  mes  affaires.  Pour  la  neuvième  fois,  je  gagnai
encore  la  partie  !
«  Fekete  me  regarda  en  souriant  :
«—  Vous  devez  être,  me  dit-il,  amoureux  de  la  comtesse;  sans  quoi
vous  ne  seriez  pas  si  heureux  au  jeu.
«  Cet  insolent  me  cherchait  querelle.
«  Lorsqu’il  mêla  les  cartes  pour  la  dixième  fois,  mon  cœur  battit  à  tout
rompre.
«  Je  gagnai  de  nouveau.
«Cette  fois,  le  bandit  frappa  la  table  d’un  coup  de  poing  si  violent,
que  les  pièces  d’or  sautèrent  en  l’air.
«  Il  se  leva.
«  —  Pour  peu  que  vous  continuiez  à  gagner  de  la  sorte,  s’écria-t-il,  je
pourrais  perdre  tout  le  comitat  de  Bihar.
«  Il  éclata  de  rire  et  remit  en  poche  le  reste  de  son  argent.
«  —  Je  vous  en  prie,  lui  dis-je,  reprenez  tout  cela.
«  Et  je  poussai  vers  lui  les  ducats  que  j’avais  gagnés.
«  Il  se  redressa  avec  une  fierté  blessée,  et  me  toisant  d’un  regard  méprisant ­
  :
«  —Pour  qui  me  prenez-vous?...  Monsieur,  ramassez  votre  argent,  ou
je  vous  jette  avec  lui  par  la  fenêtre.
«  Je  recueillis  d’une  main  fiévreuse  les  pièces  d’or,  et  je  les  distribuai  aux
Tziganes.  Mais  aussitôt  je  me  repentis  de  ma  générosité.  N’était-ce  pas
montrer  que  j  étais  riche,  et  que  je  ne  tenais  nullement  à  l’argent?  Les
Tziganes,  comme  c  est  leur  habitude  quand  on  leur  a  fait  un  cadeau,  se
rangèrent  en  cercle  autour  de  moi  et  me  demandèrent  mon  air  favori.  Je
les  renvoyai  à  la  comtesse,  qui  accompagna  la  mélodie  populaire  de  sa
voix  de  sirène;  elle  chanta  si  bien,  oh!  si  bien,  que  j  oubliai  tout  à  fait  où
j’étais,  et  que  j’applaudis  follement,  comme  dans  ma  baignoire  au  théâtre
de  Pest.
«  Le  chef  des  brigands  applaudit  de  son  côté,  et  demanda  à  la  comtesse
            
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