Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

T 
I 
.. 
27 9 
LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE 
(•tait loin de se douter alors qu il serait plus tard un des premiers poetes 
lyriques du siècle. Pétries se voua à la peinture, et Jokaï, eu peu d’années, 
devint le plus original et le plus fécond des romanciers de son pays. Dès 
qu’il eut terminé ses études au collège, il vint à Pest, ou il fut amicalement 
accueilli par le poete Vörösmarty et par Bayza. L’année suivante, 1 Aca 
démie couronnait un de ses drames. Il écrivit son premier roman à l’âge 
de vingt et un ans. En 18 47, il prit la rédaction d’une feuille hebdomadaire 
très-influente, XEletkepeh; et lorsque, un an après, le gouvernement révo 
lutionnaire dut luir à Üebreczen, Jokaï fonda dans la capitale provisoire de 
la Hongrie le Courrier du soir (Esti Lapoh), organe du parti modéré. Après 
la défaite, il revint a Pest, ou il fut emprisonné, pour être presque aussitôt 
rendu a la liberté. Il recommença à écrire des articles de journaux sous le 
pseudonyme de Sajo. M. Jokaï épousa à cette époque une grande tragé 
dienne hongroise, llosa Laborfalvy; puis il fut appelé à la rédaction du 
J Ion (la Patrie) et élu député. 
J’avais déjà eu le plaisir de voir M. Jokai à Budapest; je ne voulais pas 
quitter Füred sans aller lui serrer la main. Sa villa domine le lac, du côté 
de Tihany. On y arrive par un chemin qui monte agréablement à travers 
les vignes. 
Je sonnai à une porte grillée. 
I ne bonne m ouvrit et me lit entrer, par le jardin, dans la grande 
chambre gaie et claire où travaillait le maître. 
Je m’attendais à le trouver en robe de chambre de flanelle blanche et en 
hottes a l’écuyère, avec des éperons d’argent : costume que lui prête un 
de ses visiteurs allemands, M. Karl Braun-Wiesbaden. M. Jokaï était en 
simple redingote, penché sur une immense table encombrée de livres et de 
papiers. L ameublement de la pièce était des plus modestes, mais les hautes 
fenêtres encadraient une des plus belles vues dont l’œil puisse se régaler. 
Sous un ciel d un bleu de cobalt, le lac déroulait sa robe irisée et mouvante, 
rayée de bandes de soleil et comme frangée d or; à gauche, Tihan y déta 
chait sur son promontoire sa jolie et fine silhouette blanche. 
^ous causâmes longtemps. J exprimai à M. Jokaï mon regret d’être 
obligé de voyager un peu rapidement, ayant promis à un peintre de mes 
amis d’aller passer le mois de septembre avec lui en Bosnie. 
Je crains, dis-je au célèbre romancier, de ne voir que superficiellement 
un pays aussi curieux et aussi intéressant que le vôtre. 
N ayez pas cette crainte, me répondit-il; quand ou a pris P habitude 
<1 observer, on est comme un médecin qui, du premier coup d’œil, se rend 
compte de la constitution et de l’état des gens qu’on lui amène. Du reste,
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.