Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

l’étranger  qui  parcourt  un  pays  remarque  toujours  des  choses  nouvelles
qui  échappent  à  ceux  qui  les  ont  chaque  jour  sous  les  yeux.  Dans  les  campagnes, ­
  où  la  civilisation  est  peu  avancée  et  où  les  gens  ne  se  parent  pas
de  l’hypocrisie  de  la  vertu,  on  voit  les  choses  aussi  bien  que  dans  une
maison  de  verre.
Comme  j’avais  l’intention  de  traverser  la  forêt  de  Bakoliy,  si  célèbre  dans
les  annales  du  crime,  et  repaire  de  brigands  le  plus  redouté  de  la  Hongrie,
je  demandai  à  M.  Jokaï  si  j’aurais  peut-être  le  plaisir  de  lier  connaissance
avec  quelques  bandits.
—  Je  ne  crois  pas,  fit-il  en  souriant;  en  tout  cas,  s’ils  savent  qui  vous
êtes,  ils  vous  donneront  une  escorte  d  honneur.  Nos  bandits,  qui  du  reste
ont  disparu  comme  corps  organisé,  ne  sont  pas  de  vulgaires  coupe-bourses.
Tenez,  prenez  ce  petit  volume  de  nouvelles.  Vous  y  trouverez  une  histoire
de  brigands,  arrivée  à  une  dame  que  j’ai  connue...  Voilà  bien  des  années
que  j’ai  écrit  cela;  mais  puisque  les  brigands  vous  intéressent,  il  y  en  a  la
d  authentiques.
En  sortant  de  la  villa  Jokaï,  j’allai  m’asseoir  dans  la  forêt  qui  monte  a
droite,  et  voici  le  récit  que  je  lus  :
«  La  comtesse  ltepey,  la  plus  jeune,  un  vrai  petit  lutin,  ma  comtesse
aux  yeux  noirs,  était  ce  soir-là  d’une  gaieté,  d’un  entrain,  d’un  enjouement
adorables.  Elle  m’avait  accordé  la  faveur  de  T  accompagner  en  voiture,  car
on  donnait  un  grand  bal  le  lendemain  à  Arad,  et  connue  elle  voulait
arriver  déjà  dans  la  matinée,  elle  avait  fait  atteler  à  huit  heures  du  soir.
J’étais  seul  dans  son  salon.  —Mon  cher,  m’avait-elle  dit,  je  vous  en  prie,
accompagncz-moi.
«  Elle  m’avait  appelé  «  mon  cher  »  avec  tant  de  gentillesse  et  d’amitié,
qu’il  eût  fallu  avoir  un  cœur  de  pierre  pour  lui  résister.  Cependant,  je
hasardai  timidement  une  observation  :
«  —  Comtesse,  répondis-je,  il  fait  noir  comme  en  enfer;  ou  ne  voit  pas  à
trois  pas  devant  soi;  la  voiture  versera,  et  nous  nous  casserons  le  cou.
Songez  que  nous  avons  trois  rivières  à  traverser;  nous  nous  noierons  peutêtre,
  car,  vous  le  savez,  il  ne  faut  pas  compter  sur  les  ponts  chez  nous.  Et
puis,  notre  chemin  nous  conduit  à  travers  une  grande  forêt  qui  est  un
repaire  de  brigands.  Comtesse,  je  vous  en  préviens,  on  nous  égorgera!  Ne
serait-il  pas  plus  sage  de  partir  demain  matin,  après  une  bonne  nuit?  A
midi,  nous  serons  à  Arad;  vous  aurez  bien  le  temps  de  préparer  votre  toilette. ­
  Comtesse,  ne  partons  que  demain!
«  Elle  se  mit  à  rire,  se  moqua  de  moi,  me  traita  de  poltron.  Bref,  elle
            
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