Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

La  bande  de  Janko  fut  capturée  tout  entière  quelque  temps  après,  et
Simplicissimus  assista  aux  horribles  supplices  auxquels  les  bandits  furent
condamnés  :  de  la  pointe  de  son  couteau,  le  bourreau  enleva  a  Janko  de
longues  lanières  de  chair  avec  lesquelles  il  lui  fit  une  ceinture  ;  puis  on  le
pendit  au  soleil  à  un  crochet  de  fer.  Il  ne  mourut  qu’au  bout  de  trois
jours.  Un  des  capitaines  de  Janko,  nommé  Beyhus,  fut  roué  et  écorché
vif.
A  trois  heures  de  Vesprim,  au  milieu  d’une  futaie  de  chênes  aux  reflets
noirs  de  vieilles  boiseries,  aux  piliers  puissants  soutenant  des  ramures  qui
s’arrondissent  en  ogives,  s’étendent  en  dais  aériens,  se  plient  en  arceaux  et
s’ouvrent  en  voûtes  et  en  nefs  auxquelles  un  rayon  de  soleil  égaré  accroche
comme  une  petite  lueur  jaune  de  lampe,  l’abbaye  de  Zircz  se  présente  tout  à
coup  avec  ses  deux  clochers  qui  semblent  de  marbre  blanc,  ses  murs  badigeonnés ­
  et  ses  toits  recouverts  de  tuiles  rouges.  Quelle  surprise  de  rencontrer ­
  dans  cette  Thébaïde  verte,  au  cœur  de  cette  sombre  et  tragique  forêt,
un  asile  d’hospitalité,  de  paix,  de  repos  et  d’étude!  Des  maisons  se  sont
groupées  autour  du  couvent,  et  forment  un  village  dont  la  population  vit
uniquement  de  l’abbaye  et  de  la  forêt.  Les  hommes  sont  bûcherons,  charpentiers, ­
  porchers;  les  femmes  tissent  des  robes  pour  elles  et  pour  les
moines.
Mon  cocher  me  conduisit  droit  au  monastère.  Les  couvents,  en  Hongrie,
tiennent  lieu  d’auberges  :  la  porte  en  est  ouverte  à  tout  venant,  de  jour  ou
de  nuit.  On  calcule  ordinairement  son  étape  pour  y  arriver  à  l'heure  des
repas  ou  de  la  couchée  ;  l’affluence  est  surtout  grande  à  l’époque  des  vacances. ­

Le  couvent  de  Zircz,  reconstruit  en  18  45,  date  du  règne  du  roi  Béla,  qui
le  fonda  en  appelant  en  Hongrie  des  religieux  de  Liteaux.  Ces  moines  en
hautes  bottes  forment  le  premier  corps  enseignant  du  pays  :  ils  ont  ouvert
à  Zircz  un  séminaire  de  théologie;  ils  possèdent  trois  gymnases  dans  la  basse
Hongrie;  ils  ont  fondé  une  centaine  d’écoles  sur  leurs  terres,  et  ils  sont  en
outre  tenus  de  pourvoir  a  quatorze  cures.  L  exploitation  d  immenses  propriétés ­
  leur  permet  de  faire  face  à  toutes  ces  dépenses.
La  bibliothèque  du  couvent,  avec  ses  compartiments,  ses  couloirs  s  enchevêtrant ­
  comme  des  rues  et  des  passages,  ses  carrefours  où  se  dressent
des  statues  de  dieux  et  de  déesses,  ressemble  à  un  quartier  de  petite  ville.  Il
y  a  jusqu’à  des  enseignes  en  lettres  d’or  qui  vous  indiquent  qu’ici  l’on  peut
se  procurer  de  la  science  grecque  et  de  la  science  latine,  plus  loin  de  l’esprit ­
  moderne.
            
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