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LA HONGRIE
Ils étaient déjà descendus jusque dans les plaines de la basse Hongrie,
lorsqu’un soir ils rencontrèrent une vieille femme qui s en revenait des
champs avec douze juments.
— J’ai peut-être ce que vous cherchez, leur dit-elle, devinant les secrètes
pensées de leur cœur, car elle était sorcière. Venez chez moi...
Et quand ils furent chez elle, les douze juments qu elle conduisait se
changèrent en douze belles jeunes filles.
Elles préparèrent les lits des douze frères et se retirèrent, pour se cou
cher, dans une pièce voisine.
Mais à peine la lumière fut-elle éteinte, que Janos entendit une voix qui
chuchotait à son oreille :
— Soyez sur vos gardes!... La vieille sorcière vous trompe... Elle ne
vous a attirés ici que pour vous tuer pendant votre sommeil... Le sang des
jeunes gens la rajeunit.
Celle qui parlait ainsi était une des filles de la sorcière; elle avait été
touchée de 1 air si bon, de la figure si honnête et si loyale du plus jeune
des douze frères.
Janos lui dit qu’il allait réveiller ses frères et se sauver, mais qu’il ne
s’en irait pas sans emmener avec lui sa bienfaitrice, dont il voulait faire sa
femme.
Elle consentit et alla 1 attendre dans l’écurie.
Janos réveilla tout doucement ses onze frères, et comme les filles de la
sorcière étaient profondément endormies, ils les transportèrent de la pièce
voisine dans celle où ils se trouvaient, et les couchèrent à leur place; puis,
détalant sans bruit, ils sautèrent sur leurs chevaux et partirent au galop.
Au milieu de la nuit, la vieille s’arma d’un sabre bien tranchant et coupa
la tête à scs onze filles, croyant la couper aux douze frères.
Le lendemain, au lever du jour, quand elle s’aperçut de son erreur et
qu elle vit qu’une de ses filles avait été enlevée, elle entra dans une grande
colère, et, enfourchant le balai sur lequel elle avait l’habitude de chevau
cher à travers les airs, elle se mit à la poursuite de Janos.
Bien que celui-ci eût considérablement d’avance, la vieille allait si vite
qu’elle ne tarda pas à Eatteindre.
— O mon cheval, mon ami, sauve-moi ! s’écria Janos.
— Arrache des crins de ma crinière et jette-les derrière toi, lui répondit
le cheval.
Janos fit ce que son coursier ailé lui commandait.
Et aussitôt une forêt enchantée sortit de terre, dont les hauts arbres
dérobèrent Janos et la jeune fille à la vue de la vieille.