Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE,  DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

de  l’armée  turque  ;  mais  toutes  les  tentatives  qu  elle  fît  pour  débloquer  Bude
échouèrent.  Le  grand  vizir  demanda  alors  des  renforts  à  Caraffa,  qui  occupait ­
  la  haute  Hongrie.
En  face  du  nouveau  danger  qui  le  menaçait,  le  duc  Charles  jugea  qu  il
n’y  avait  pas  un  instant  à  perdre.  Il  harangua  ses  soldats,  exalta  leur  courage, ­
  leur  dit  qu’il  fallait  se  préparer  à  vaincre  ou  à  mourir.
Et  le  même  jour,  —  c’était  le  2  décembre,  —  à  six  heures  du  soir,  six
coups  de  canon  tirés  de  la  montagne  des  Souabes  donnèrent  le  signal  de
l’attaque.  Pour  la  première  fois,  on  vit  les  chrétiens  s’élancer  à  la  baïonnette, ­
  tandis  que  P  artillerie  battait  en  brèche  les  remparts  et  les  murs.  La
lutte  fut  acharnée,  terrible.  Les  Impériaux  n  avançaient  que  sur  les  cadavres ­
  des  soldats  turcs  qu’ils  avaient  tués.  Le  premier  Hongrois  qui  arriva  au
pied  de  la  forteresse,  après  avoir  franchi  le  fossé,  s’appelait  le  capitaine
Jean  Fiath.  Le  vieux  Abdi-Pacha  accourut  immédiatement  de  ce  côté  avec
ses  janissaires  ;  mais  le  duc  de  Lorraine  s’avança  à  son  tour  à  la  tête  de
ses  soldats,  et  le  pacha  fut  tué,  avec  tous  ceux  qui  l’entouraient.
Le  passage  était  forcé,  les  chrétiens  maîtres  de  la  forteresse.
Les  Turcs  arborèrent  le  drapeau  blanc.
Dans  le  camp  de  P  électeur  de  Bavière,  un  Te  Deum  fut  aussitôt  chanté,
avec  accompagnement  de  trompettes  et  salves  d  artillerie  ;  puis  les  vainqueurs ­
  passèrent  la  nuit  à  piller.  Ce  ne  fut  que  le  lendemain  qu’on  vit
(piel  avait  été  1  acharnement  de  la  lutte,  la  rage  féroce  qui,  des  deux  côtés,
animait  les  combattants.
Une  épouvantable  boucherie  ensanglantait  les  rues.
Partout  des  monceaux  de  cadavres  ;  des  hommes  transpercés  de  coups
de  baïonnette,  balafrés  de  coups  de  sabre,  quelques-uns  sans  tête,  d’autres
mutilés  ou  hachés;  des  murs  percés  et  déchirés  par  les  boulets,  des  maisons ­
  vidées  et  menaçant  ruine;  des  enfants  cherchant  leur  père,  et  des
mères  échevelées  appelant  leurs  enfants.
Le  spectacle  était  horrible.
On  découvrit  quatre  mille  Turcs  sous  les  décombres.
Ce  ne  fut  que  dans  le  courant  de  l'année  suivante,  en  1687,  que  Bude
fut  nettoyée,  déblayée,  et  qu’on  y  bâtit  de  nouvelles  maisons,  dont  les
habitants,  par  privilège  royal,  furent  exempts  de  tout  impôt.
La  ville  ne  se  repeupla  point  de  Magyars,  mais  de  colons  serbes  et  allemands, ­
  et  de  juifs,  qui  sont  Hongrois  aujourd’hui.
            
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