LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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autrefois ces assemblées délibératives était superbe. Le règlement exigeait
non-seulement que tont député, mais encore tout visiteur du Parlement,
à l’exception des officiers et des prêtres, portât l’épée au côté, un vête
ment d’apparat, et le kalpak ou casquette nationale.
bes évêques étaient assis à leur banc en soutane de soie, avec des chaînes
or et le petit manteau cramoisi ; les magnats se montraient en at lila garnie
de fourrures, coiffés d’un béret brodé, surmonté de la plume d’aigle, et
à leur ceinture, dans son fourreau de velours, était suspendu leur grand
sobre recourbé en forme de cimeterre et tout scintillant de pierreries ; les
employés de rang supérieur, en pelisse de velours rouge ou vert, brodé
° r , luttaient d’éclat et de richesse avec les représentants de l’aristo
cratie.
bes costumes ne se voient plus aujourd’hui qu’à l’ouverture des Cham-
bies, dans les fêtes nationales et aux fêtes de la cour.
h orateur qui parlait quand je visitai la Chambre des députés était M. le
comte Eugène Zicliv, le type le plus accompli du vrai patriote et du grand
seigneur hongrois. Membre par droit de naissance de la Chambre haute,
v °dà dix-huit ans que M. le comte Zichy préfère être simple député, pour
travailler avec plus d’efficacité à la réforme de l’instruction populaire;
c’est à lui que la Hongrie doit ses écoles industrielles, ses ateliers d’appren
tissage; et c’est lui qui s’est mis à la tête du grand mouvement économique
et agricole et des entreprises industrielles les plus considérables de son
pays. Presque toutes les villes de Hongrie ont reconnu les services de ce
patriote zélé et éclairé, en lui conférant la bourgeoisie d’honneur.
b n’y a pas longtemps qu’a été aboli le privilège des veuves de magnats
( le se faire représenter à la Chambre basse par un personnage qui n avait
( 1 autre droit que de crier de temps en temps, en frisant sa moustache :
Haljuk! haljuk! (Écoutez! écoutez!) quand son imagination était surexci
te par une phrase quelconque tombant de la bouche d’un orateur. Ce sin
gulier mandataire remplaçait au besoin les magnats absents. Les pauvres
étudiants et les jeunes avocats recherchaient ces charges, qui leur permet
taient de faire leur apprentissage politique.
En suivant la belle rue qui remonte vers la place Deak, on voit à droite la
nouvelle synagogue, édifice de style mauresque, avec sa façade polychrome,
sa grande rosace découpée, digne d’une cathédrale gothique, et ses deux
hautes tours bulbeuses surmontées de coupoles d’or. Il y a actuellement en
Hongrie plus de six cent mille juifs, dont quarante mille à Budapest. Les
juifs hongrois ont su concentrer dans leurs mains tout le commerce de ce
lâche pays. Dans les villages, ils exercent le métier de marchand et d au-