Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE,  DE  L'ADRIATIQUE  AU  DANURE.

bergiste,  doublé  de  celui  de  banquier  et  d’usurier.  Le  juif  de  la  campagne
cache  avec  soin  son  argent  accumulé,  jusqu’à  ce  qu’un  beau  jour  il  émigre
avec  ses  écus  dans  une  ville,  où  il  se  livre  alors  à  des  opérations  en  grand.
Depuis  qu’il  est  permis  à  la  noblesse  de  vendre  ses  terres  et  à  tout  citoyen
de  posséder,  quantité  de  domaines  seigneuriaux  sont  devenus  la  propriété
des  juifs.
D’origine  asiatique  comme  les  Magyars,  les  Israélites  apparurent  en
Hongrie  vers  le  dixième  siècle.  Ils  suivaient  les  Hongrois  dans  leurs
expéditions  guerrières,  et  leur  achetaient  le  butin  des  villes  pillées  et
saccagées.
Au  temps  des  croisades,  nous  les  voyons  fournir  de  l’argent  aux  gentilshommes ­
  qui  s’en  allaient  en  guerre  contre  les  infidèles;  ils  s’occupaient  en
même  temps  du  commerce  des  serfs,  achetant  ou  vendant  des  esclaves
pour  leur  compte  ou  le  compte  des  seigneurs.
Déjà  au  treizième  siècle,  le  roi  Béla  IV  leur  avait  accordé  la  liberté  de
commerce  et  la  liberté  de  conscience;  ils  avaient  des  synagogues  et  des
écoles,  que  les  chrétiens  étaient  tenus  de  respecter  sous  peine  d’amende.
Sous  les  Arpad,  au  treizième  siècle,  les  juifs  jouissaient  de  presque  tous
les  droits  qu’ils  ont  reconquis  aujourd’hui.  Mathias  Corvin  en  anoblit  plusieurs ­
  et  éleva  l’un  d  eux  à  la  dignité  de  ban  de  Croatie.  A  la  mort  de  ce
roi,  la  persécution  recommença;  et  en  1454,  on  brûla  à  Tyrnau  douze
juifs  et  deux  juives,  accusés  de  meurtre  d’enfants  chrétiens.  Enfin,  tout
récemment,  François-Joseph  leur  a  rendu  une  partie  de  leurs  anciens  privilèges. ­
  Aujourd’hui,  l’agitation  antisémitique  gagne  aussi  la  Hongrie.
Les  rues  de  Best  sont  gaies,  riantes,  animées.  Il  y  a  ici  plus  de  jeunesse,
plus  d’entrain,  plus  de  vie  qu’à  Bude,  qui  est  la  ville  du  passé,  avec  ses
vieux  palais  aristocratiques  et  somnolents,  ses  rues  baroques,  montueuses
et  tristes,  où  l’on  rencontre  encore  le  veilleur  de  nuit  se  promenant  avec
sa  lanterne  et  sa  hallebarde.
Pest  a  supplanté  Bude.
Pest,  qui  n’était  au  siècle  dernier  qu’une  pauvre  bourgade,  vous  éblouit
maintenant  par  la  magnificence  et  le  luxe  de  ses  édifices.  Des  vieillards  se
souviennent  d’avoir  été  à  la  chasse  aux  canards  là  où  s’élève  le  palais  de  la
Redoute.
La  promenade  Széchenyi,  qui  ressemble  à  une  immense  corbeille  de
fleurs  oubliée  au  milieu  de  la  ville,  n  était  il  y  a  cinquante  ans  qu’un
marais  bourbeux.  Au  commencement  de  ce  siècle,  Pest  ne  comptait  que
76,000  habitants.  Le  dernier  recensement  de  1880  en  accuse  360,551.
En  1867,  il  n’y  avait  pas  un  seul  consulat  dans  la  capitale  de  la  Hon-
            
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