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leurs vases cerclés de cuivre, des servantes en bas rouges, chaussées de
sandales de paille, un coin de leur robe relevé, causent, exubérantes de
sève et de santé comme la nature qui les entoure, rieuses et de belle humeur
comme les joyeuses commères de Shakespeare. L’eau rejaillissante sème
des gouttelettes de diamant sur la mousse qui sort du marbre fendu, et de
beaux pigeons au plumage chatoyant se pavanent autour de la fontaine.
La température est si douce ici que les buissons de camélias et les bois
de lauriers fleurissent en plein hiver. L’Abbazzia, qui est à dix minutes de
Voloska, est un petit village tout rose, caché comme un nid dans les fleurs.
Les médecins de Vienne y envoient les malades qui ne peuvent supporter
le voyage de Menton ou d’Alger. La villa Angelica, où nous descendons, est
une demeure pria ci ère au milieu d’un paradis terrestre en miniature. On
dirait, à voir toutes ces essences de plantes diverses, un musée végétal.
C’est une collection de fleurs rares qui vous promènent, comme dit Boccace,
« à travers toutes les épices de 1 Orient » . La végétation est si opulente, la
circulation des sucs est si active, que la vie déborde de tous côtés, s’étalant
magnifiquement en fleurs, en feuilles, eu cimes, en grappes, en épis ou en
fruits. Au centre d’une pelouse, un yucca dresse sa hampe ornée, comme
un chapeau chinois, de clochettes d’argent que lutinent les brise s matinales.
Les feuilles papyracées de cet arbuste, sur lesquelles on peut peindre et
dessiner de même que sur du papier ordinaire, retombent en longues lames
recourbées comme des cimeterres; mais, la nuit, elles se redressent subite
ment, et cette plante, (pii ne déploie toute sa beauté qu’aux discrètes clartés
des étoiles, épanouit alors ses corolles lumineuses, qu’on prendrait pour
des pendeloques taillées dans le cristal ou le diamant. A côté du yucca,
T arbre à pain étale ses feuilles découpées enveloppant les fruits nourriciers
qui se grillent comme les châtaignes et servent d’aliment journalier aux
insulaires de l'Océanie. L’intérieur de ces tubercules est blanc, farineux,
tendre comme de la mie de pain. Des palmiers au tronc cylindrique, sem
blables aux colonnes basses d’un temple égyptien, déploient leurs arceaux
de feuillage impénétrable au soleil. Puis, ce sont des cèdres imposants et
calmes comme les solitudes ou ils sont nés, dressant leur dais sacré et tou
jours vert sous le dôme majestueux du ciel, des figuiers gigantesques dont
les aïeux durent fournir des vêtements gratuits à nos premiers parents.
Des wellingtonia, des buissons de rhododendrons, des grenadiers qu’on
dirait couverts d’une rosée de sang, des aloès ouvrant leur éventail de
lames azurées, des mimosas dont les fleurs semblent faites avec des plumes
d'ibis, des magnolias, des massifs de jasmin, de nopal, de bignonias de la
Floride dans les calices desquels on cherche l’oiseau-mouche qui, là-bas,