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LA HONGRIE
courbé comme l’échine d'un chien couchant, son bonnet à la main, venait
au-devant des gendarmes et leur offrait un verre d’eau-de-vie que ceux-ci
refusaient : il se plaignait alors de la dureté des temps : « Personne,
messieurs, vous le voyez, personne! Si ça continue, je ferme la boîte. »
Nous descendîmes une longue avenue déserte, coupant des terrains
vagues, au milieu desquels se dressait çà et là le toit d’une baraque en
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Les deux gendarmes ouvraient la marclie.
planches, découpant sur un pan dn ciel son toit déchiqueté, dessinant des
angles et des arêtes, comme une mâture de navire brisée.
Nos pas craquaient sur le chemin fait de plâtras, de morceaux de verre,
de culs de bouteilles, de débris de toutes sortes, jetés là au hasard pour
affermir le sol. Des cabanes en planches, des masures entourées de jardinets
défendus par des broussailles sèches plantées en terre toutes droites, des
chantiers palissadés, des huttes de sauvages en branchage ou eu roseaux,
des murs croulants, dessinaient leurs profils bizarres, leurs masses lourdes
et grossières, au milieu du vide de cette zone morne et ¡perdue, sur les
frontières de ce « nouveau monde » de coquins, de voleurs, de vauriens,
habité par ce ramassis d’individus qui regardent la société comme une
proie légitime, qui sont en guerre perpétuelle contre elle, et qui campent
aux abords des grandes villes comme une armée de brigands.