Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE

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laines  places,  on  dirait  (pie  le  firmament  est  couvert  de  poudre  d’or  ou
voilé  d’une  gaze  transparente  constellée  de  paillettes.
Nous  fêtâmes  le  retour  de  l’aube  par  des  libations  de  vin  de  Champagne
qui  versèrent  la  gaieté  et  le  soleil  de  France  dans  nos  veines,  —puis,  me
séparant  à  regret  du  plus  aimable  des  hôtes,  je  courus  à  la  gare  prendre  le
premier  train  qui  partait  pour  Agram.
Dans  la  salle  d  attente  se  promenaient  des  Monténégrins  en  costume
national,  la  ceinture  garnie  de  pistolets  et  de  kandjars,  la  poitrine  recouverte ­
  d’un  plastron  rouge  brodé  d’or,  la  petite  calotte  étoilée  sur  la  tête,
la  taille  dessinée  dans  la  redingote  de  flanelle  blanche,  la  culotte  noire  et
les  bas  soigneusement  tirés  et  serrés  à  la  cheville  par  la  bottine.  Des  Slovaques ­
  h  la  mine  triste,  à  la  figure  pâle  et  maigre  comme  un  croissant  de
Inné,  coiffés  d’un  petit  chapeau  rond,  leurs  longs  cheveux  couleur  de
filasse  retombant  en  touffes  sur  la  nuque,  un  pan  de  leur  manteau  de  drap
rejeté  fort  peu  tragiquement  sur  l’épaule,  les  jambes  entourées  de  bandelettes ­
  et  les  pieds  chaussés  de  sandales,  se  tenaient  dans  un  coin,  avec  tout
un  attirail  de  rouleaux  de  fil  de  fer,  de  souricières  et  de  tôles  à  gâteaux.  A
côté  d’eux,  je  reconnus  une  femme  de  file  de  Yéglia,  vêtue  de  percale  noire,
un  mouchoir  de  couleur  sombre  rejeté  sur  la  tête  et  noué  sous  le  menton.
La  voie  ferrée  qui  conduit  â  Agram  s’élève  graduellement  sur  les  pentes
du  Carso  lihurnien.  A  mesure  qu’on  gravit  la  montagne,  le  panorama  du
golfe  se  développe  plus  magnifiquement  :  on  aperçoit  la  coquette  Buccari,
assise  comme  une  baigneuse  sur  le  bord  de  sa  baie  fermée,  dont  l’eau
transparente,  calme  et  recueillie,  ressemble  à  celle  d’un  petit  lac  alpestre.
L  œil  plonge  sur  une  foule  d  des  et  d  îlots  rocheux  parsemant  de  récifs
les  détroits  de  1  archipel.
La  voie  ferrée  traverse  la  fertile  et  fraîche  vallée  de  la  Draga,  propriété
du  couvent  du  Tersato.  Le  village,  dans  une  situation  ravissante,  est  pittoresquement ­
  adossé  â  la  montagne.  Les  hirondelles  s’égrènent  autour  de
son  clocher  d’argent,  et  tout  â  côté  de  l’église,  ombragée  de  grands  arbres,
s’élève  la  maison  d’école,  avec  son  mât  au  haut  duquel  flotte,  le  dimanche
et  les  jours  de  fête,  le  drapeau  national.  Dans  ce  vallon  béni  des  moines  et
protégé  des  vents,  la  végétation  a  quelque  chose  de  fier,  de  libre,  de
joyeux,  de  puissant;  des  ruisseaux  d’eau  courante  promènent  au  milieu  des
prairies  et  des  vergers  la  fantaisie  de  leurs  détours  et  la  gaieté  de  leurs
murmures  ;  des  maisons  gracieuses,  â  la  façade  peinte  en  blanc  ou  en  rose,
avec  la  petite  niche  au  fond  de  laquelle  sourit  une  madone  rustique  couronnée ­
  d’étoiles,  sont  semées  çà  et  là  sur  les  ondulations  du  terrain,
comme  autant  de  voiles  blanches  sur  un  océan  de  verdure.
            
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