Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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Les  jardins  bariolés  de  fleurs,  —  vrais  séjours  d’un  éternel  printemps
de  la  nature  et  de  la  vie,  —  sont  émaillés  de  tant  d  enfants  qu  on  se
demande  si,  dans  ce  sol  privilégié,  ils  ne  poussent  pas  en  pleine  terre  côte
à  côte  avec  les  asperges  et  les  artichauts.  C’est  par  bandes  tapageuses,  par
essaims,  par  grandes  envolées,  par  bruyantes  myriades,  par  longues  fourmilières, ­
  par  ribambelles  rieuses,  par  tas  et  par  niellées,  qu’on  les  voit
courir,  la  chemise  au  vent,  montrant  leurs  petites  cuisses  roses,  secouant
leur  chevelure  bouclée  de  chérubins,  faisant  un  tapage  de  moineaux
francs.  Marmaille  adorable  dans  sa  saleté  et  sa  demi-nudité,  qui  grandit  a
la  garde  de  Dieu,  un  peu  à  la  manière  des  plantes  des  jardins  et  des  hôtes
des  bois  !
La  locomotive  poursuit  son  ascension  en  se  livrant  à  des  zigzags  de  cerfvolant.
  Tantôt  on  fait  face  à  la  montagne,  tantôt  à  la  mer.  Vue  de  cette
hauteur,  que  F  Adriatique  est  vaste  et  imposante,  et  connue,  à  côté  d’elle,
les  objets  qu’on  aperçoit  sur  ses  rives  sont  effacés  et  petits  !  Tout  ce  qui
l’entoure,  elle  l’absorbe  dans  son  immensité,  elle  le  dévore,  elle  l’anéantit.
On  dirait  quelle  seule  existe;  le  ciel,  la  terre  ne  sont  plus;  elle  seule  vit  et
palpite,  comme  si  son  sein  soulevé  et  mugissant  cachait  le  cœur  et  lame
du  monde.
Mais  bientôt  l’aspect  du  paysage  change,  la  végétation  redevient  pâle,
rabougrie,  maladive,  la  verdure  s’efface,  le  sol  s’écaille  et  se  pèle,  les
rochers  montrent  de  nouveau  leur  ossature  décharnée  :  nous  voilà  rentrés
dans  les  régions  désolées  du  Carso.
Le  sol,  calciné  et  aride,  semble  couvert  des  scories  des  laves  depuis
longtemps  éteintes  qui  ont  crevé  et  broyé  ici  la  croûte  terrestre.  Cette
savane  de  pierres,  ce  désert  de  roc  nu,  ces  amoncellements  de  ruines,  ces
traînées  de  cailloux  dans  le  creux  des  pentes,  font  aussi  songer  aux  débris
de  quelque  planète  tombée.  Cependant  des  vaches  maigres  et  souffreteuses,
comme  celles  qui  durent  apparaître  en  songe  aux  membres  fondateurs  de
la  Société  protectrice  des  animaux,  errent  à  pas  lents,  cherchant  au  fond
des  gerçures  des  rochers,  entre  les  interstices  des  pierres,  une  herbe  desséchée ­
  ou  absente.  Çà  et  là  des  carrés  de  murs  blancs,  semblables  a  de
petites  enceintes  fortifiées,  défendent  contre  l’avidité  des  bestiaux  affamés
de  pauvres  champs  de  blé  étiolé.
Enfin  nous  atteignons  la  gare  Verbovszgo,  perchée  comme  un  belvédère
sur  le  sommet  de  la  montagne.
L’aspect  du  tableau  change.
Le  pays  s  adoucit  et  s  embellit.  Le  soleil  verse  une  pluie  de  perles  d  01
dans  quelques  massifs  aux  feuilles  tendres,  qui  semblent  éclairées  d  une
            
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