DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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major remplissait les fonctions de gouverneur et de juge absolu, ayant
droit de vie et de mort.
La plus belle maison du village était celle de l’état-major; à côté se
trouvaient la boulangerie du régiment et le magasin d’approvisionnements;
puis, rangées des deux côtés de la route à une égale distance, comme des
sentinelles, les maisons de bois destinées à loger la population militaire.
L’aspect intérieur de ces habitations, composées seulement d’un rez-de-
chaussée, est aujourd’hui encore des plus misérables : pas de meubles, peu
d’ustensiles de ménage, souvent une seule pièce où couche pêle-mêle toute
la famille.
La loi contraignait le Confinaire a être membre d'une association, à
vivre dans une communauté, a la tête de laquelle était placé un patriarche;
ne pouvait être chef d une communauté que celui qui avait passé l’âge du
service actif.
Si un colon quittait le clan sans permission, on le ramenait de vive
force, comme un vagabond, et on le punissait du fouet et de la prison.
Eneas de récidive, on le dégradait et on lui infligeait une servitude pénale,
en faisant de lui une sorte de voiturier, de conducteur de chariots de
vivres et de munitions. Les habitants des Confins n’en avaient pas moins
des privilèges particuliers, entre autres celui de la liberté de conscience,
qui attirait parmi eux beaucoup de chrétiens de Serbie et de Bosnie. Les
catholiques avaient en outre le droit de se réunir en congrès et d’élire
leur évêque.
La population totale des Confins militaires, cantonnée sur une étroite
bande de terrain allant de h Adriatique au rendement le plus oriental des
Carpathes, comptait encore, au siècle dernier, plus d’un million d'âmes.
Sur les bords de l’Una, de la Save et du Danube, douze mille sentinelles
montaient jour et nuit la garde, formant comme une muraille vivante qui
séparait l’Autriche de la Turquie et protégeait l’Europe contre la barbarie,
la peste et les autres épidémies. Les marchandises infectées, venant
d’Orient, étaient arrêtées par ce cordon militaire et sanitaire. — On a vu
les Romains s’entourer déjà de semblables frontières pour se mettre à
1 abri des invasions des Allemands, des Sarmates, des Daces et des Goths.
Les Russes procèdent de la même manière en Asie. —Les Confins militaires
ont été institués en Autriche après la victoire des Turcs à Moliacz (1526),
signal de cette guerre épique, qui attend son Homère chrétien et qui dura
deux siècles, entre les Autrichiens, les Hongrois et les Ottomans.
A ers 1690, les armées turques qui dévastaient la Hongrie ayant été
refoulées au delà de la Tlieiss et de la Maros, la frontière militaire s étendit
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