Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

le  long  de  ces  deux  rivières;  mais,  plus  tard,  pressée  par  les  réclamations
des  Hongrois,  qui  ne  voyaient  pas  d’un  bon  œil  ces  régiments  de  soldats
slaves  dans  leur  pays,  Marie-Thérèse  consentit  à  les  licencier.  Cent  mille
Serbes  quittèrent  alors  les  rives  de  la  Theiss  et  de  la  Maros,  et,  sous  la
conduite  de  leurs  chefs,  émigrèrent  en  Russie.  Les  Confinaires  de  Transylvanie, ­
  connus  sous  le  nom  de  Seeklers,  c’est-à-dire  gardiens,  s’étaient
dissous  d’eux-mêmes,  eu  17  48.
La  population  des  Confins  a  conservé  quelque  chose  de  mâle  et  de
guerrier  dans  son  aspect  et  ses  allures.  Si  nulle  part,  dans  les  provinces
slaves  de  l’Autriche-Hongrie,  on  ne  voit  de  plus  belles  femmes,  nulle  part
non  plus  on  ne  rencontre  d’aussi  beaux  hommes.  Grands,  maigres,  souples
et  élancés,  ils  sont  d’une  vigueur  athlétique.  L’intrépidité  et  le  courage
brillent  dans  leurs  yeux  d’un  gris  bleuâtre.  Quelques-uns  tressent  les  bouts
de  leur  longue  moustache,  ce  qui  donne  à  leur  physionomie  un  caractère
plus  étrange  et  plus  farouche  encore.  Plusieurs  d’entre  eux  descendent  en
ligne  directe  d’anciens  chefs  de  brigands  qui,  fatigués  de  leurs  expéditions
hasardeuses,  de  leur  vie  de  périls  et  d’aventures,  ont  mis  un  jour  la  frontière ­
  entre  eux  et  leur  patrie  primitive.  De  tout  temps,  la  Bosnie  a  produit
ce  qu’il  y  a  de  mieux  en  fait  de  bandits,  défiant  toute  concurrence,  même
grecque  et  italienne.  Leur  nombre  était  surtout  considérable  dans  cette
province  avant  que  1  Europe  s’intéressât  au  sort  des  malheureux  chrétiens,
réduits  par  les  musulmans  au  rôle  de  serfs  et  d’ilotes.  Le  raïa,  injustement
maltraité  par  le  beg  ou  par  le  capitaine  turc,  s’enfuyait  dans  la  montagne,
le  cœur  débordant  de  haine  et  de  vengeance,  et  se  faisait  heiduque,  c’cst-àdire
  brigand.
Je  me  rappelle  avoir  lu,  dans  un  journal  allemand,  des  détails  biographiques ­
  pleins  d’originalité  et  de  caractère  sur  un  de  ces  anciens  brigands
bosniaques,  devenu  soldat  autrichien  dans  un  régiment  des  frontières.  11
s’appelait  Wutchklo  Paulowitch  et  était  né  dans  un  village  près  de  Buzim.
Son  nom,  redouté  à  cinquante  lieues  à  la  ronde,  était  un  épouvantail  pour
les  riches;  mais  aux  oreilles  des  pauvres  et  des  opprimés,  il  sonnait
agréablement  comme  le  synonyme  de  protection  et  de  justice.  Poursuivi
maintes  et  maintes  fois  par  les  troupes  du  pacha  de  Travenick,  Wutchklo
avait  toujours  si  miraculeusement  échappé  aux  balles,  qu’on  avait  fini
par  le  croire  invulnérable.  On  mit  en  vain  sa  tête  à  prix;  il  avait  pour
lui  toute  la  population  des  campagnes,  qui  l’avertissait  au  moindre  danger.
De  guerre  lasse,  le  pacha,  qui  était  superstitieux  et  partageait  la
croyance  générale  à  l’endroit  de  1  invulnérabilité  du  heiduque,  lui  envoya
un  de  ses  agents  :  «  Je  suis  chargé,  dit-il  au  brigand,  de  te  remettre  ce
            
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