Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  II  ON  G  Hl  E

—  Pitié  !  épargnez-nous,  s’écria  alors  l’aînée  des  tilles  en  se  jetant  aux
pieds  du  pacha.
Aux  cris  désespérés  que  poussa  Mirka,  les  raias  accoururent  avec  des
haches,  des  fusils  et  des  fourches.
—  Aux  armes!  aux  armes  !  crièrent  les  gens  du  pacha,  qui,  ne  s’attendant ­
  pas  à  cette  attaque  audacieuse,  étaient  en  train  de  piller  la  maison  du
heiduque.
Atanasia  Paulo  witch  eut  assez  de  présence  d’esprit  pour  profiter  de  la
première  alarme  et  de  la  confusion  qui  s’ensuivit  :  elle  se  sauva  avec  ses
enfants.
Elle  réussit,  en  longeant  les  haies,  à  gagner  la  montagne.  Arrivée  à
mi-côte,  hors  d’atteinte,  elle  s’arrêta  un  instant  pour  reprendre  haleine  et
regarder  ce  (pii  se  passait  derrière  elle;  le  combat  continuait;  mais  les
paysans,  qui  luttaient  à  armes  inégales,  perdaient  de  plus  en  plus  du
terrain.  Elle  les  vit  reculer  et  se  retrancher  derrière  les  clôtures  des
jardins.
Atanasia  reprit  sa  marche,  s’enfonça  dans  un  petit  bois,  et  quand  elle
atteignit  le  sommet  de  la  montagne,  elle  se  tourna  de  nouveau  avec
anxiété  vers  la  vallée  ou  l’on  entendait  encore  un  instant  auparavant  un
grand  vacarme  de  cris  et  de  détonations.
Des  larmes  inondèrent  ses  yeux  à  la  vue  du  spectacle  qui  1  attendait  :
les  Turcs  avaient  livré  le  village  aux  flammes  et  se  retiraient  avec  des
chariots  de  butin  et  des  prisonniers.  Des  tourbillons  de  fumée  planaient
dans  1  ait  comme  des  nuages  ondoyants;  ils  étaient  si  épais  et  si  noirs  que
les  rayons  du  soleil  ne  parvenaient  pas  même  à  les  percer.  La  scène  était
d’autant  plus  lugubre  qu’un  silence  de  mort  s’était  fait  tout  à  coup  dans  la
vallée.
Il  ne  fallait  pas  songer  à  revenir  sur  ses  pas.  Deux  ou  trois  kavas  avaient
été  tués,  et  les  représailles  ne  pouvaient  manquer  d’être  promptes  et  cruelles.
Atanasia  Paulowitch  marcha  toute  la  nuit,  tantôt  traînant  ses  enfants,
tantôt  les  portant,  plus  inquiète  encore  pour  son  mari  que  pour  elle.  Elle
traversa  l’üna  à  un  gué  qu’elle  connaissait  et  se  réfugia  sur  la  terre  autrichienne. ­
  On  la  reçut  avec  bonté,  on  lui  donna  une  hospitalité  pleine  de
sympathie,  car  beaucoup  de  récits,  traits  de  courage  ou  de  générosité,  circulaient ­
  dans  les  Confins  sur  le  heiduque  Wutchklo  Paulowitch.
Les  bonnes  gens  qui  avaient  recueilli  la  fugitive  s’offrirent  même  de  se
mettre  à  la  recherche  de  son  mari.  Ils  allèrent  assez  loin  eu  Bosnie,  espérant ­
  recueillir  quelques  indications  rassurantes  ;  mais  tout  le  monde  ignorait ­
  ce  que  le  fameux  heiduque  était  devenu.  .
            
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