60
LA II ON GUIE
n’y a rien. L’enfant reçoit sa première éducation dans le harem, de femmes
fanatiques et ignorantes; puis on l’envoie à 1 école élémentaire ou à l’école
du Coran, où il n apprend que fort peu de chose. Un Turc élevé à Paris
a été pendant quelque temps à la tête de Técole de T Etat de Séraïewo, mais
<es projets de réforme faillirent susciter des troubles, il dut s’en aller. Les
écoles musulmanes sont des écoles de haine contre les chrétiens, dont toutes
les inventions, dans les branches de 1 industrie et de l’art, sont représen
tées comme des maléfices du diable. Et cependant, notez bien ceci, les
musulmans bosniaques et hcrzégovinicus ne sont pas d’origine turque ; ce
sont des aborigènes, d’anciens habitants du pays, des Slaves, qui n’ont
embrassé l’islamisme, lors de Y invasion de ces provinces par les Turcs, que
pour conserver leurs privilèges et sauvegarder leurs biens. Vous ignorez
peut-être que la Bosnie, comme Y Herzégovine, est peuplée d’une race
homogène qui est la race slave.
Les Bosniaques musulmans ont conservé intacte jusqu’à nos jours leur
originalité ethnographique. Ils ne se sont point assimilés par le sang aux
conquérants et aux vainqueurs. C’est un des traits caractéristiques des
Slaves de savoir garder leur individualité nationale au milieu des autres
peuples, tandis que les Allemands, placés dans les mêmes conditions, per
dent au contraire très-vite leurs mœurs et leurs coutumes, et oublient jus
qu’à leur langue. Les Bosniaques mahométans n’appellent pas le sultan
" padisliah » , mais « grand tzar de Constantinople » , et ils sont restés
fidèles a presque toutes les anciennes habitudes chrétiennes. Ils portent
encore avec orgueil leur nom de famille slave et ne parlent pas le turc ; ils
ont conservé pour patron le saint Choisi par leurs ancêtres, de sorte qu’on
chôme encore en Bosnie la Saint-Pierre, la Saint-Élie, la Saint-Georges.
Un enfant tombe-t-il malade dans une famille mahométane, le père court
au monastère voisin commander des messes. Si lui-même est atteint de la
fièvre, il ira chez les moines grecs se faire lire l’Évangile sur la tête. A la
tombée de la nuit, on voit souvent un jeune b eg mener en secret un pope
prier sur la tombe de son père.
— Les Bosniaques musulmans ont-ils adopté la polygamie?
— Non. Dans cei tains Alliages, ils laissent même leur femme sortir sans
voile, comme les chrétiennes. Pour le Turc, la femme est, vous le savez,
un objet de luxe. Il 1 achète. Avant le mariage, s’il s’en est tenu aux pres
criptions du Coran, il n a pas vu la figure de celle qu’il épouse. En Bosnie,
il existe une ancienne coutume, Yaschyklyk, ou service des dames, qui est
certainement d’origine chrétienne et n’assimile point la femme à une mar
chandise. Quand les jeunes filles sont revenues de leur grande promenade,