Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
indiens. Le costume primitif des naturels est bien fait, du reste, pour vous 
i appeler les contrées les plus décolletées du globe : les femmes, je 1 ai déjà 
dit, sont en chemise; quant aux hommes, ils laissent la leur flotter sur leur 
pantalon de toile ; mais comme chez la plupart elle est aussi courte qu’un 
gilet, il arrive que le ventre reste librement exposé à l’air. Dans les chants 
des rapsodes slaves, il est souvent question de guerriers « au ventre nu » 
Au Monténégro, c est un usage presque général de se découvrir le haut du 
^ en f re pour 1 endurcir et se rendre plus apte aux fatigues de la guerre — 
Chaque pays a ses mœurs, et ce qui est une chose toute naturelle ici passe 
pour inconvenante un peu plus loin. 
Nous traversâmes la Save, et Agram nous apparut au milieu de la plaine, 
découpant dans la limpidité tranquille du ciel les clochers et les tours de sa 
cathédrale entourée de murailles crénelées, comme une forteresse sainte, 
< t couronnant la colline sur les flancs de laquelle s’étage pittoresquement la 
' ille - Cette eglise semble avoir conserve 1 aspect batailleur de ces évêques 
d’Agram qui quittaient souvent l’autel au milieu du service divin pour 
prendre le casque et la cuirasse, et monter, à la tête des fidèles, sur les 
remparts menacés par les hordes turques. 
L’expédition de Bosnie prêtait aussi aux abords de la gare un aspect 
belliqueux. En gagnant la ville, nous vîmes des tentes, des baraquements, 
des cantines, des fourgons et des canons. Des sentinelles allaient et venaient; 
des estafettes partaient au milieu d un tourbillon de poussière ; des hommes, 
appelés la veille, arrivaient en colonne, conduits par un sergent; ils étaient 
nu-pieds, nu-tête, vêtus seulement d’une méchante chemise en lambeaux 
et d un pantalon de toile rapiécé. C’était de leur part un calcul bien entendu 
que ce pairvre accoutrement dont un fripier n aurait pas voulu : dès leur 
anisée au camp, on les alignait devant des monceaux de chaussures, de 
pantalons, d uniformes et de chemises neuves, qu’ils choisissaient selon 
leui taille. Le spectacle de ces paysans se transformant ainsi en soldats en 
, q ' lions de Hongrois, et dix-sept millions a peu près de Tchèques, de Ruthènes, de Croates, 
r% fon e i° ° na ^ S ’ Slovenes, appartenant tous à la race slave. Les Italiens sont au nombre 
1 e ’ Roumains de trois millions. Ces chiffres montrent combien M. Reclus a raison, 
ans sa eogiap ne univei selle, de dire que 1 Autriche considérée comme État allemand est une 
mysti ication ». Si un jour les Slaves du Sud parviennent à fonder isolément leur unité, 
1 Autriche et la Hongrie se trouveront séparées de la mer, et la route de l’Orient leur "sera fermée. 
Le gouveinement de \ ienne aurait peut-être pu, en groupant ces peuples en federation, éviter la 
création de cet « Empire de l’Est » qui sortira vraisemblablement de la solution définitive de la 
question d Orient, et qui engloutira l’Autriche. « La race magyare, s’écriait déjà, il y a trente ans, 
le giand patriote hongrois Eôtvos, est comme un îlot perdu au milieu de l’océan slave. » Les 
Allemands-Autrichiens subiront alors peut-être le même sort que les Slaves qui occupaient autre- 
lois les piovinces comprises entre l’Elbe et la Baltique, — « sur cette vaste terre, comme a dit le 
poete Kollar, jadis berceau et maintenant cercueil d’une grande nation ».
	        
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