LES CHANTIERS FRANÇAIS.
L’administration intérieure des chantiers n’était pas moins
défectueuse ; la matière s’y gâchait. M. Silley m’a montré
d’énormes tas de ferraille où gisaient pêle-mêle, avec les
rognures brutes inévitables, des quantités de bouts de cor
nières et de tôles perforées, complètement ouvrées, La perte
de matière se doublait ici de la perte de main-d’œuvre ; les
rebuts qui, dans un établissement bien ordonné, ne sont
])as supérieurs à 5 p. loo, dépassaient i6 p. loo. La tonne
rebutée était vendue 8o fr. les i,ooo kllogr, quand elle en
avait coûté aho d’achat, sans compter le salaire perdu !
Nulle entreprise n’eût résisté à l’accumulation de pareilles
erreurs et de semblables fautes. Mieux administrés, les
Lhantiers de Normandie se seraient très probablement tirés
d’aifairc et auraient même gagné de l’argent.
Leur installation mécanique ne laisse rien à désirer et fait
honneur à M. Laporte, qui l’organisa; l’électricité, l’air com
primé sont utilisés dans des conditions parfaites. Quant au
personnel ouvrier, son recrutement est assez facile, sauf
pour les charpentiers-tôliers (employés dans la proportion
de 200 sur i,ooo); les ajusteurs, les monteurs, les riveurs,
les manœuvres se trouvent aisément dans la région ; leur
capacité professionnelle ne laisse rien à désirer et les salaires
sont normaux. Somme toute, il a manqué aux Chantiers de
Normandie, pour réussir, des moyens d’action iinanciers et
une « tête ».
Le liquidateur ne m’a pas tenu un langage différent de
celui de M. Silley; si l’usine navale du Grand-Ouévilly lit
de mauvaises affaires, ce fut eu raison de sa déplorable ad
ministration et de son imprévoyance. 11 est tel marché ([ue
les chantiers passaient en prenant pour base le prix inférieur
des matières premières (G liv. st. la tonne) et qu’ils exécu
taient au moment de la plus forte hausse, quand les matières
premières étaient à 8 livres !