186 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
Marseille ; elle trouva sou rivetage défectueux, son bordé
peu solide. Eu réalité, le navire était très apte à rendre les
services qu’on attendait de lui ; mais la modestie de son
aspect choquait les habitudes de luxe de la compagnie.
M. Coville a rempli en Angleterre, il y a quelques années,
avec M. Marmiesse, ingénieur principal, une mission ayant
pour objet la visite des chantiers les plus réputés, ainsi que
la recherche de l’outillage le plus perfectionné pour com
pléter le matériel de Graville, devenu tout à fait insuffisant.
A sou avis, l’ouvrier anglais ne travaille pas plus que le
français, mais il est plus « débrouillard ». Le tôlier ou le ri-
veur, avant de commencer sa besogne, va et vient, tourne,
retourne, échange avec sou voisin des réflexions, bref perd
du temps. L’Anglais voit d’un coup d’œil s’il a bien tout ce
qu’il lui faut à proximité et, en ce cas, se met immédiate
ment à la tâche. M. Coville me cite cet exemple intéressant :
quand les riveuses pneumatiques furent installées à Graville,
les ouvriers ne parvenaient pas, en les utilisant, à placer
plus de 200 à 3oo rivets par jour.
Pour leur montrer qu’on en pouvait tirer un meilleur
parti, M. Coville fit venir un ouvrier anglais qu’il savait ha
bile et qui plaçait sans grand effort, avec une machine,
ses i,5oo rivets par jour. L’Anglais s’étonne de l’insuccès
de ses camarades français : « Mettez à ma disposition, de
mande-t-il, une équipe de vos ouvriers et je vais faire placer
les rivets par eux. Ils arriveront, je le garantis, au résultat
que vous souhaitez». L’équipe choisie, l’ouvrier anglais la
dispose, prépare la machine et l’on se met à l’œuvre. Mais,
à chaque instant, il faut s’arrêter, non par la faute de la ri
ve use pneumathjue, qui fonctionne parfaitement, mais tantôt
parce que les manœuvres n’apportent pas assez de rivets,
tantôt parce qu’un contremaître a distrait un homme de
l’équipe pour l’employer ailleurs, etc. Impatienté, l’ouvrier