Full text : Le problème de la marine marchande

LA  PUISSANCE  MARITIME  DE  l’aNGLETERRE.  I99
jiistificalioii  au  moins  inutile.  Il  profita  simplement  de  l’occasion ­
  pour  manifester  son  étonnement  de  ce  qu’une  compaqnie
  puissante  comme  les  Messageries  n’eût  pas  le  souci
d’échapper  à  toute  critique,  ne  s’inqéniat  pas  à  rendre  impossible ­
  tout  reproche,  alors  qu’il  ne  tenait  qu’à  elle  d’augmenter ­
  son  fret  dans  des  proportions  considérables  et,  par
suite,  de  satisfaire  à  la  fois  les  commerçants  qui  l’accusaient
de  négligence  et  ses  propres  actionnaires.  Pourquoi  laisser
aux  Allemands  les  avantages  dont  les  Français  pouvaient  si
aisément  profiter  ?  Evidemment  M.  Cambon  supposait  le
conseil  d’administration  mal  informé  et  il  se  fit  un  devoir  de
communiquer  à  son  président  les  renseignements  qu’il  avait
personnellement  recueillis  de  visu  et.  audita  au  cours  d’un
voyage  à  bord  d’un  paquebot  des  Messageries.  Ce  dernier
Tl  avait  pas  ¡iris  sur  sa  route  une  seule  tonne  de  marchandise, ­
  bien  que  partout  où  l’on  passait  les  consuls  fussent
unanimes  à  déclarer  :  «  Si  les  Messageries  voulaient  être
raisonnables,  elles  pourraient  embarquer  ici  i,000,  1,000
ou  même  2,000  tonnes.  »
Quelle  ne  dut  pas  être  la  surprise  de  M.  Cambon,  lorsque,
au  lieu  de  la  réponse  qu’il  était  en  droit  d’attendre  —  une
promesse  d’aviser  pour  l’avenir,  ou  tout  au  moins  d’étiidier
la  question  —  son  interlocuteur,  tranquillement,  lui  donna
l’explication  que  voici  :
«  A^ous  ne  recherchons  pas  le  fret  parce  que  nous  avons  êi
Marseille  un  bassin  trop  étroit  pour  Vusage  de  nos  grands
bateaux.  Nous  sommes  contraints  de  faire  décharger  ceux-ci
par  des  chalands  ;  il  y  a  double  manutention  et  le  débarquement ­
  est  trop  onéreux.  Dans  ces  conditions,  nous  préférons
ne  pas  prendre  de  fret.  »
M.  Cambon  fit  remarquer  qu’il  existait  à  Marseille  d’autres
bassins  plus  vastes.  11  s’étonna,  à  juste  titre,  que  le  transfert
île  l’attache  des  Messageries  n’eût  pas  eu  lieu  depuis  long-
            
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