LE ROLE DE LA MARINE MARCHANDE.
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pour le ravitailler en pleine mer, de navires-glacières pour
transporter des vivres frais et entretenir les forces des équi
pages astreints à une dépense physiipie considérable, de
navires-ateliers pour réparer ses avaries, qui sait si l’amiral
Sampson eût pu garder ainsi, nuit et jour, son escadre sous
pression, prête à fondre, tel un gigantesque oiseau de proie,
sur les malheureux vaisseaux espagnols ?
Les spécialistes sont unanimes à constater que l’expé
rience des dernières guerres montre l’utilité d’avoir des
navires pouvant porter beaucoup de charbon et de rechan
ges, et possédant les moyens de décharger rapidement à
la mer, sur des bâtiments de guerre, leur matériel ou leur
charbon.
Où trouver ces navires, sinon dans la marine marchande?
C’est à elle que demain notre marine de guerre s’adresse
rait, comme le fit chez elle la flotte américaine, pour lui
demander des transports, des navires-citernes, des charbon
niers, des remorqueurs, et — afin de les conduire et les ser
vir — des capitaines, des mécaniciens, des chaulfeurs. Mais
tandis que les États-Unis n’eurent que l’embarras du choix,
l’appel de la France ne ferait surgir, en dehors des paijue-
bots des lignes subventionnées et de quelques douzaines de
steamers, ipi’une Hotte dérisoire, composée de vieux ba
teaux ou, ce ([ui est pis, de navires à voiles ! ,
Ai-je tort de parler d’angoisses patriotiques ? Les consé
quences d’une pareille situation, il n’est pas besoin d’être
grand clerc pour les prévoir : c’est l’immobilisation à Brest
et à Toulon de notre Hotte de guerre, l’impossibilité des
longues croisières, le renoncement aux raids lointains, la
perte, par la paralysie des mouvements, de la plupart des
chances de victoire ! Nous verrions réapparaître une vieille
connaissance — le fameux plan élaboré par le conseil des
amiraux au moment de Fachoda, ce plan qui ordonnait à la