LE ROLE DE LA MARINE MARCHANDE.
39
pour le ravitailler en pleine mer, de navires-glacières pour
transporter des vivres frais et entretenir les forces des équipages
astreints à une dépense physiipie considérable, de
navires-ateliers pour réparer ses avaries, qui sait si l’amiral
Sampson eût pu garder ainsi, nuit et jour, son escadre sous
pression, prête à fondre, tel un gigantesque oiseau de proie,
sur les malheureux vaisseaux espagnols ?
Les spécialistes sont unanimes à constater que l’expérience
des dernières guerres montre l’utilité d’avoir des
navires pouvant porter beaucoup de charbon et de rechanges,
et possédant les moyens de décharger rapidement à
la mer, sur des bâtiments de guerre, leur matériel ou leur
charbon.
Où trouver ces navires, sinon dans la marine marchande?
C’est à elle que demain notre marine de guerre s’adresserait,
comme le fit chez elle la flotte américaine, pour lui
demander des transports, des navires-citernes, des charbonniers,
des remorqueurs, et — afin de les conduire et les servir
— des capitaines, des mécaniciens, des chaulfeurs. Mais
tandis que les États-Unis n’eurent que l’embarras du choix,
l’appel de la France ne ferait surgir, en dehors des paijuebots
des lignes subventionnées et de quelques douzaines de
steamers, ipi’une Hotte dérisoire, composée de vieux bateaux
ou, ce ([ui est pis, de navires à voiles ! ,
Ai-je tort de parler d’angoisses patriotiques ? Les conséquences
d’une pareille situation, il n’est pas besoin d’être
grand clerc pour les prévoir : c’est l’immobilisation à Brest
et à Toulon de notre Hotte de guerre, l’impossibilité des
longues croisières, le renoncement aux raids lointains, la
perte, par la paralysie des mouvements, de la plupart des
chances de victoire ! Nous verrions réapparaître une vieille
connaissance — le fameux plan élaboré par le conseil des
amiraux au moment de Fachoda, ce plan qui ordonnait à la