40 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
flotte de demeurer, comme la chèvre qui tourne autour du
piquet, à Brest ou à Toulon, sous la protection des batteries
de terre.
L’a-t-oii assez raillé? Était-il bon? Était-il mauvais? Aux
tacticiens de le dire. En tout cas, nous n’aurions même pas
dans l’avenir la ressource de penser que si notre flotte se
résolvait à l’immobilité, elle aqirait ainsi par tactique. Une
pareille attitude, peu conforme à ses aptitudes, à sa force, à
la bravoure de ses équipages, lui serait, hélas ! imposée par
la force des choses et par l’impuissance de faire mieux, ré
sultant, l’une et l’autre, de la détresse profonde de notre
marine marchande inapte à lui prêter le moindre secours.
« La puissance maritime — a dit en une page qui mérite
d’être louée pour sa précision M. le lieutenant Tournier —
est une entité un peu complexe dont les éléments principaux
sont, dans l’ordre chronologique établi par l’histoire : la
marine marchande, les colonies et la marine de guerre. A
un peuple soucieux de ses destinées, qui veut édifier sa
puissance maritime sur des bases solides, la co-existence de
ces trois éléments s’impose à un tel degré que la nullité ou
la disparition de l’un d’eux entraîne nécessairement l’ina
nité ou le déclin des deux autres.
« Sans marine marchande transportant les articles indus
triels de la métropole aux colonies, celles-ci ne sont et ne
peuvent être que des dépôts de fonctionnairés. Au vrai colou
qui travaille et qui produit, il faut un lien le rattachant aux
manufactures et aux consommateurs de la mère patrie. Ce
lien indispensable, c'est le navigateur. D’autre part, sans
commerce à protéger, sans colonies à secourir, la marine
de guerre manque de force dans l’espace et dans le temps,
car elle n’a ni raison d’être, ni bases stratégiques, ni point
d’appui, ni réserves de personnel. Elle peut mamjuer d’ate
liers de construction et de réparation, et se trouver, en