A. RÆDER
dans une certaine mesure à empêcher la guerre entre les divers
états. Les états chefs d’hégémonie devaient dans leur propre intérêt
veiller à ce que des villes appartenant à leurs hégémonies respec
tives n’entrassent pas en guerre l’une contre l’autre, mais que les
différends surgissant fussent le plus possible réglés pacifiquement,
que ce fut par l’initiative directe de la puissance directrice ou par
une décision arbitrale proposée par elle. L’arbitrage arrive ainsi à
jouer un certain rôle dans chaque système d’alliance. Cette applica
tion de l’arbitrage n’a plus tout à fait le caractère compromissoire
pur, mais se rapproche de l’arbitrage obligatoire ; il sera plus loin
l’objet d’un examen spécial.
Quant à la situation réciproque des deux hégémonies et des deux
puissances qui les dirigent, ce n’est pas ici le lieu de développer
davantage combien leur situation d’hostilité devint profonde et âpre
et combien devinrent inconciliables les deux tendances politiques
qui trouvaient leur expression dans chacune d’elles. Deux fois elles
en vinrent au conflit armé vers le milieu du V e siècle sans que
ceux-ci d’ailleurs donnassent aucun résultat décisif. Il semble que
des deux côtés on ait toujours reculé devant le terrible règlement
final et qu’on ait essayé d’empêcher que la première lutte venue,
surgissant soit entre les puissances directrices soit entre des états
appartenant chacun à l’un des deux grands systèmes, pussent con
duire à la guerre. On a vraiment travaillé alors pour obtenir la
solution pacifique de tous différends possibles ; on peut le conclure
d’une série de traités conclus entre les états dirigeants entre 445
et 413, quand le combat final commençait avec la guerre Décé-
lienne. Le récit de Thucydide nous fait en tous cas connaître quatre
traités de cette époque qui contiennent des dispositions, établissant
que tous les différends qui pourraient surgir entre les parties con
tractantes devraient être tranchés par la voie pacifique judiciaire.
Cela veut dire que les parties, dans le cas où des pourparlers
directs entre eux n’auraient pas obtenu le résultat poursuivi,
s engageaient à faire trancher le différend par l’arbitrage d’une troi-
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