A. RÆDER
les armes. Il en résulte que les Athéniens s’estimaient autorisés
à trancher par toute leur puissance les différends existant entre
leurs alliés, et qu’ils considéraient ceux-ci comme obligés de s’incliner.
Une phrase de Thucydide paraît aussi montrer que ce qui ar
riva à Samos n’était pas un cas unique. En l’an 414 il fait dire
au Syracusain Hermocrate au sujet des rapports des Athéniens
avec leurs alliés 1 : «Sous le prétexte de se venger des Perses les
Athéniens furent librement choisis comme chefs par les Ioniens et
tous les autres qui tinrent à se joindre à leur ligue ; mais dans la
suite ils les ont tous courbés sous leur domination, les uns parce-
qu’ils se seraient rendus coupables de négligences dans ce service
de guerre, les autres parce qu’ils auraient lutté entre eux ou par tout
autre prétexte ». Thucydide ne se serait pas exprimé de cette manière
s’il n’y avait pas eu d’autres exemples que Samos.
A l’époque où le différend de Samos et de Milet amenait le
résultat indiqué, Samos était encore un allié autonome, tandis que
Milet était tombée au rang des alliés dépendants. Les alliés
d’Athènes étaient en effet au moment de la conclusion de la ligue,
en l’an 478—77, des états autonomes, se gouvernant eux-mêmes à
l’intérieur et qui par rapport aux affaires de la ligue avaient une
voix dans le conseil de la ligue 2 .
On en a conclu que ce conseil fonctionnait comme tribunal de
la ligue et comme tel jugeait dans les différends entre les alliés 3 .
Ceci peut avoir été exact au début, bien que nous n’en sachions
rien de certain. Mais, comme on le sait bien, il y eut bientôt
d’importants changements dans cette situation. Pour des motifs
divers les alliés perdirent l’un après l’autre leur situation in
dépendante dans la ligue et tombèrent au rang des sujets et tribu
taires d’Athènes. Il leur fallut se contenter de recevoir les ordres
d’Athènes ; les tribunaux athéniens furent institués en tribunal
suprême, auquel on devait soumettre toutes les affaires importantes
1 VI, 76, 3. - 2 Thuc. I, 97, 1; 98, 2. III, 10, 3; 11, 1. - 8 Schœman-Lepsius,
Gr. Alterth. II p. 109. R. Christensen. Opuse, philo], ad. Madvigium p. 14.