fullscreen: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES APPROCHES. 
71 
frontières, elle reprit en Orient les traditions de la politique 
royde. Le Comité de Salut public fut en effet le continua 
teur direct des diplomates de l’ancien régime ; il pouvait se 
rendre compte que la guerre turque, terminée seulement en 
1792, avait détourné de la France une bonne part des efforts 
de l’Autriche et de la Russie. 
Sélim 111, sultan depuis 1789, était un souverain jeune 
et libéral, disposé à réformer les mœurs de son État, ca 
pable, pensait-on, de comprendre et d’aimer la Révolution. 
11 y eut de bonne heure un club à Constantinople, et l’on 
apprit avec enthousiasme à Paris que les musulmans « pa 
triotes », avec la cocarde tricolore à leur turban, chan 
taient sur les bords du Bosphore le « Çà ira ! » en dansant 
autour d’un arbre de la liberté. 
Le dernier ambassadeur de Louis XVI auprès de la 
Porte, le comte de Choiseul-Gouffîer, avait quitté son 
poste dès 1790. Le successeur que le gouvernement fran 
çais lui donna, M. de Sémonville, ne fut pas reçu par le 
Divan: les idées jacobines effarouchaient encore. Des 
corches, ex-marquis de Sainte-Croix, envoyé après lui, fut 
arrêté au passage à la frontière de Bosnie. Arrivé tard à 
Constantinople, en juin 1793, il n’y fut pas reconnu officiel 
lement, mais seulement toléré; il obtint pourtant que la 
Porte conserverait la neutralité dans la guerre que l’Europe 
monarchique faisait à la France, que la France jouirait 
toujours dans le Levant de ses antiques privilèges com 
merciaux et y exercerait comme ci-devant le protectorat 
des catholiques. 
Le traité de Bale signé avec la Prusse en avril 1795 fut 
implicitement la reconnaissance du démembrement de la 
Pologne et parut être l’abandon du vieux système oriental 
de la diplomatie française. 
Cependant la Convention et le Directoire reprirent en 
Turquie les tentatives de réformes qui avaient été faites 
jadis par le marquis de Villeneuve et le baron de Tott, et 
qui avaient relevé la puissance musulmane en face de la 
Russie et de l’Autriche. M. de Verninac-Saint-Maur, nommé 
chargé d’affaires extraordinaire auprès du sultan en 1795, 
arriva à Constantinople précédé d’un détachement de gre 
nadiers français, et, comme il disait, « de la renommée des 
victoires républicaines ». Il ne fut que maladroit, prétendit 
passer par-dessus toutes les règles étroites de l’étiquette 
•orientale, « révolutionner la Turquie ». Il indisposa le
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.