354 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
mans, la France devait considérer comme ses ennemis les
ennemis du roi de Choa. Ce traité ne fut pas appliqué.
D’ailleurs tous les voyageurs dénonçaient l’Éthiopie comme
un pays sans cesse troublé par l’anarchie ; ses vallées, encais
sées dans les montagnes, y forment en effet plusieurs régions
très distinctes, notamment le Tigré au nord, l’Amhara et le
Godjam au centre, le Choa au sud, dont les chefs ou ras
ont vécu le plus souvent indépendants, indociles à l’auto
rité de celui d’entre eux qui s’attribuait le titre de négus ou
roi des rois. Ce désordre réduisait l’Éthiopie à l’impuissance,
y rendait les transactions commerciales impossibles, expli
quant la longue obscurité de son histoire.
Bientôt pourtant l’attention de l’Europe fut attirée par le
bruit qui s’y fit autour du nom du négus Théodoros. C’était
un chef du Kouara, nommé Kassa, qui avait réussi à con
quérir rAmbara, imposé sa volonté aux ras du Tigré et du
Choa, pris le titre de négus sous le nom de Théodoros II, et
donné à l’Abyssinie quelque unité (1855). Il nourrissait de
grands desseins, rêvait de détruire l’Islam et d’aller délivrer
Jérusalem.
Les Anglais lui envoyèrent plusieurs missions ; car ils
commençaient à surveiller la route de l’Inde par la mer
Rouge. En février 1862, un consul Charles Duncan Came
ron apporta au négus une lettre et des présents de la reine
Victoria. Il y répondit en annonçant le prochain envoi d’une
ambassade à Londres. Mais la conduite du consul anglais
lui parut suspecte. Caractère très défiant, il disait un jour
à un français, M. Guillaume Lejean ; « Je connais la tacti
que de vos gouvernements européens. On lance des mis
sionnaires d’abord, puis des consuls pour appuyer les mis
sionnaires, puis des bataillons pour soutenir les consuls. Je
ne suis pas un rajah de l’Inde pour être berné de la sorte ;
j’aime mieux avoir affaire tout de suite aux bataillons ».
Ayant saisi des lettres où il était peu ménagé, il fit arrêter
Cameron, et l’enferma, avec de nombreux Européens, dans
la citadelle de Magdala. Les réclamations de l’Angleterre ne
furent pas accueillies. Une ambassade anglaise, conduite
par sir Hormuzd Rassam, débarqua à Massouah en août
1864, exigea la délivrance des prisonniers. Théodoros con
sentit à recevoir Rassam, puis, irrité de son langage,
l’enferma à son tour.
Le gouvernement anglais lui déclara la guerre. 12.000
hommes, commandés par sir Robert Napier, débarquèrent à