RAPPORT MINISTÉRIEL PRÉSENTÉ
À LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
Le problème des rapports entre le capital et la main-
d’œuvre, ce que l’on a appelé pendant longtemps la question
sociale, a des origines qui remontent à la naissance de la
grande industrie, c’est-à-dire du monde économique moderne.
L’économie médiévale, qui domina sans grands change-
ments jusqu’au début du xvrmè"e siècle, ne connut pas
le problème de la main-d'œuvre. Elle s’appuyait essentielle-
ment sur l’artisanat et sur la petite industrie, c’est-à-dire,
en substance, sur le système de l’entrepreneur-ouvrier. Le
propriétaire de l'atelier ou de l’usine y travaillait lui-même,
organisait la production et l’exécutait en même temps, seul
ou entouré de quelques aides qui étaient ses collaborateurs
et ses disciples, et souvent ses enfants, ses frères ou ses ne-
veux, Dans cette organisation simple, il n’y avait pas de
conflits possibles et le travail n’était point une source de
déceptions ou de révoltes, mais la cause de hautes satisfac-
tions pour l’esprit. L’ouvrier était un artisan, souvent même
un artiste; aussi le travail n’était-il pas seulement un moyen
de subsistance mais un plaisir. Ainsi s’explique que, durant
cette période, chaque variété de travail manuel avait en soi
un caractère et un sens d’art et que les plus humbles
choses, les ustensiles les plus communs, revétaient souvent
un cachet artistique malgré la simplicité et la rusticité de
leur fabrication.
Cette forme d’organisation du travail était une source
d’harmonie et de tranquillité. Les choses changèrent profondé-
ment quand apparut tout d’abord la moyenne, puis la grande
industrie, conséquence de la substitution des machines au
travail humain. Cette transformation, qui s’effectua en pre-
mier lieu en Angleterre, d’où elle s’étendit à tout le conti-
nent pendant le xvrn°*"® siècle et surtout dans la premiè-
re partie du x1xème détruisit peu à peu l’industrie domes-
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