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PRINCIPES DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE.»
A la vérité, les meilleurs terrains auraient toujours continué adonner
le même produit avec le même travail qu’auparavant, mais leur valeur
aurait haussé par suite des produits comparativement moindres obte
nus par ceux qui auraient consacré un travail additionnel, ou de
nouveaux capitaux à des terrains moins fertiles. Et quoique les
avantages d’un terrain fertile sur un autre moins productif ne soient
jamais perdus, et ne fassent que passer des mains du cultivateur et du
consommateur dans celles du propriétaire, comme il faut employer
plus de travail à la culture des terrains inférieurs, ces terres, seules,
pouvant fournir l’approvisionnement additionnel de produits, la va
leur comparative de ces produits se maintiendra constamment au-
dessus de son ancien niveau, et s‘échangera contre plus de cha
peaux, de draps, de souliers, etc., etc., toutes choses dont la produc
tion n’exigera point une augmentation de travail.
Ce qui fait donc hausser la valeur comparative des produits natu
rels, c’est l’excédant de travail consacré aux dernières cultures, et
non la rente qu’on paie au propriétaire. La valeur du hlé se règle
d’après la quantité de travail employée à le produire sur les dernières
qualités de terrains ou d’après cette portion de capital qui ne paie pas
de rente. Le hlé ne renchérit pas, parce qu’on paie une rente ; mais
c’est au contraire parce que le hlé est cher que l’on paie une rente ; et
l’on a remarqué, avec raison, que le blé ne baisserait pas, lors même
que les propriétaires feraient l’entier abandon de leurs rentes. Cela
n’aurait d’autre eifet que de mettre quelques fermiers dans le cas de
vivre en seigneurs, mais ne diminuerait nullement la quantité de
travail nécessaire pour faire venir des produits bruts sur les terrains
cultivés les moins productifs '.
point du tout, au moins faiblement, sur la valeur des produits. Toute augmenta
tion dans les frais de production diminue l’avantage que l’entrepreneur d'un
certain produit en particulier trouve à le produire, diminue par conséquent la
quantité de ce produit qui est apportée sur le marché, et, par suite, eu fait monter
le prix ; mais, d’un autre côté, à mesure que le prix monte, la demande diminue
de son côté. C’est ce qui fait que les producteurs ne peuvent jamais faire sup
porter au consommateur la totalité de l’augmentation de leurs frais. Pour ne
point diminuer la quantité qui se consomme, ils aiment mieux altérer leurs qua
lités qu’élever leurs prix. C’est ce qui fait que plus] les marchandises montent et
moins elles sont bonnes. S’il fallait faire les soieries aussi substantielles qu’elles
l’étaient il y a cinquante ans, la consommation en cesserait presque entière
ment. — J-B. Say.
* De ce que le prix du blé ne baisserait pas quand même tous les fermiers
seraient débarrassés de leurs propriétaires, il ne s’ensuit pas que le prix du blé