2 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
augmenter de prix dans des proportions très considérables,
beaucoup de vin est envoyé à la distillerie pour être converti
en alcool. De même quand le métal précieux hausse de
valeur, les pièces de monnaie frappées avec ce métal per-
dent leur caractère de monnaie et deviennent des marchan-
dises que l’on s’empresse de réaliser, c'est-à-dire de vendre
aux commerçants qui les font fondre pour des usages indus-
triels ou pour les envoyer comme matière première aux
Hôtels des monnaies de l’étranger (1).
Telle est l’application de la loi de Gresham, mais voyons
maintenant dans quels cas elle s'applique.
La loi de Gresham trouve son application dans trois cas :
10 Toutes les fois qu’une monnaie usée se trouve en cireu-
lation avec une monnaie neuve.
C’est précisément en pareille circonstance que la loi fut
observée par Thomas Gresham. On avait fait frapper, sous
le règne d’Élisabeth, une monnaie neuve pour remplacer
celle en circulation qui était tout à fait détériorée, plus
encore par larognure que par l’usure, mais l’on constata avec
stupeur que les pièces neuves ne tardaient pas à disparaître,
tandis que les anciennès pullulaient plus que jamais (2).
Il importe donc à un gouvernement de procéder à des
refontes fréquentes pour entretenir toujours sa monnaie à
l’état de neuf, sans quoi il rencontrera plus tard de grandes
difficultés à remplacer la monnaie vieillie par la neuve; et
il faut une surveillance attentive, car la monnaie s’use rapi-
dement.
20 Toutes les fois qu’une monnaie de papier dépréciée se
trouve en circulation avec une monnaie métallique.
C’est ainsi que la loi de Gresham a trouvé la plus éclatante
(1) C’est pour éviter cette fuite de la monnaie métallique que durant la guerre
tous les pays belligérants, y compris l'Angleterre, ont prohibé l’exportation de
l’or aussi bien en lingots qu’en monnaie. Et encore cette mesure n’a-t-elle pas
empêché que les pièces d'or et d'argent ne fussent achetées et fondues pour
être exportées en contrebande.
(2) Dans le cas signalé par Aristophane, c’était l’inverse : la monnaie neuve
chassait l'ancienne. Mais c'est parce que la situation était inverse : cette mon-
naie neuve était la mauvaise ; elle était, dit-il, frappée à un titre inférieur.
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