LE SULTAN ET LE PACHA.
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guérison du patient, qui souhaiteraient plutôt de le voir
succomber à l’opération?
I. — Le sultan et le pacha. — Mahmoud et Méhémet.
Le pacha d’Égypte Méhémet-Ali semblait prouver alors
l’aptitude des musulmans à une régénération selon l’initia
tion européenne. Mais, outre que les Égyptiens ne sont pas
des Turcs et qu’ils ont dans le passé manifesté avec éclat
leur aptitude à faire œuvre durable, il ne faut pas croire que
Méhémet n’ait fait qu’imiter l’Euiope: toute sa carrière
est marquée de traits originaux, d’un caractère bien orien
tal. En France notamment, il excita un engouement extra
ordinaire qui faillit entraîner le gouvernement de Louis-
Philippe aux pires dangers ; on le loua, en termes dithyram
biques, d’avoir « francisé l’Égypte, » d’avoir « épousé la
pensée de Napoléon ». 11 y eut beaucoup de trompe-l’œil
dans l’œuvre du pacha d’Égypte ; il « tapissa sur la rue,
vers l’Europe, » et, derrière ces apparences où la France
se laissa prendre, il gouverna l’Egypte comme un despote
asiatique, ou, si l’on veut, comme un pharaon des anciens
temps. Il n’eut de Napoléon que l’ambition égoïste et sans
scrupules.
Arrivé au pachalik du Caire à force de ruse et de froide
cruauté, maître absolu de la vallée du Nil après le mas
sacre des Mameluks, il resta aussi loin que possible des
principes libéraux de la Révolution française. Par la destruc
tion des Mameluks et la confiscation à son profit de toutes
leurs terres, il se trouva propriétaire de la moitié du sol de
l’Égypte. Dès 1808, il avait confisqué les biens très consi
dérables aussi des mosquées et de tous les établissements
religieux, sous prétexte qu’ils seraient mieux administrés
par lui et qu’il se chargerait de leur entretien dans de
meilleures conditions. En 1809, il imposa à tous les proprié
taires du pays une contribution extraordinaire de 40 millions
répartie en proportion de l’étendue des terres. Beau
coup de réclamations se produisirent; le pacha se
montra disposé à les accueillir, à condition qu’elles fussent
appuyées sur les titres authentiques de possession, qui
durent être remis à ses agents. Alors il saisit et garda titres
et propriétés : la spoliation se trouva ainsi plus facile et
plus complète.
Il fut le seul propriétaire de la terre égyptienne, le seul