PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
La réglementation automatique de la production.
L’état de santé pour le corps social, comme pour tous les
corps vivants, consiste dans un juste équilibre entre la pro-
duction ct la consommation.
Ne pas produire assez est un mal, puisqu'une certaine
catégorie de besoins reste en souffrance : produire trop est
un autre mal, moindre que le premier sans doute, mais réel
pourtant. Tout excès de production en effet entraine néces-
sairement, non ‘seulement un gaspillage de richesse, mais
surtout une déperdition de forces, par suite une peine
inutile.
Là où chaque homme produit pour lui-même ce qu’il doit
consommer, comme Robinson dans son île, ou plutôt comme
dans la première phase de l’industrie domestique, dans la
famille antique ou dans la communauté du moyen âge, cet
équilibre s’établit aisément. Chacun de nous individuelle-
ment, ou chaque petit groupe, est capable de prévoir à peu
près ses propres besoins et — quoique ses prévisions ne
soient pas infaillibles — de régler sa production en consé-
quence.
Le problème devient déjà plus diflicile lorsque le produc-
téur ne produit plus pour lui et pour les siens, mais pour le
client, pour autrui, car il nous est évidemment plus malaisé
de prévoir les besoins d’autrui que les nôtres. Et pourtant,
même sous le régime de la division du travail et de l’échange,
l’équilibre entre la production et les besoins n'est pas
encore trop difficile à établir tant que le producteur
travaille sur commande, ou du moins tant que les habitudes
de chaque client sont connues et sa consommation facile à
prévoir : le boulanger ou le pâtissier caleulent assez exacte-
ment le nombre de pains ou de gâteaux qu’ils auront à
débiter chaque jour.
Mais le problème devient vraiment difficile sous un
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