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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
Les abus dont se plaignent le plus les indigènes sont ceux
commis par les collecteurs d’impôts, sur les tabacs, sel et
autres monopoles d’État, que le gouvernement s’est vu
dans l’obligation d’établir depuis que le Chili s’est emparé
des riches gisements de nitrate de soude dont les revenus
alimentaient le budget du Pérou.
VI. — Quoique complaisants et hospitaliers pour le voya
geur, nous devons avouer que les curés des Hauts-Pla
teaux péruviens agissent comme un simple gouverneur
vénal ou un collecteur d’impôt. Ces padres exploitent de
toutes les façons possibles la superstition et la crédulité
des Indiens. Certaines cures rapportent ainsi des revenus
fort coquets ; ces prêtres ayant institué à leur profit un
impôt sur le revenu, on voit que rien n’est nouveau sous
le soleil et que nos démagogues n’ont rien inventé.
Les Indiens sont taxés par leur taïta (1) suivant leurs
ressources, qui toutes lui sont connues; le rendement des
champs, le nombre des têtes de brebis ou de Hamas, le
nombre de soles argent qu’ils ont pu économiser et dis
simuler soigneusement. Ils connaissent ces cachettes
par la confession et les malheureux Quechuas ont beau
prier, supplier, ils doivent verser la somme ou le tribut
convenu ; le padre finit toujours par imposer sa volonté
en refusant les sacrements, bénédiction, messes, etc. Des
tarifs et des taxes officielles, ils s’en soucient fort peu.
En échange de ce tribut volontaire, ils aident leurs
ouailles de leurs conseils et les défendent parfois contre
d’autres abus. Contrairement aux règlements ecclésias
tiques, les padres des villages de l’intérieur ont généra
lement des mœurs qui laissent à désirer. Pendant les
absences du padre, s’est sa servante qui le remplace dans
(1) Synonyme de père, nom donné par les Quechuas à leurs curés.