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EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES.
navigation des navires russes sur la mer d’Aral, paya une
contribution de guerre, subit la construction au-dessus de
Khiva de la forteresse d’Alexandrovsk, occupée par une
garnison russe.
Les Anglais protestèrent vivement contre ces continuelles
annexions de la Russie. M. Gladstone se déclara pourtant
satisfait des assurances données pour l’avenir par le prince
Gortchakof, et alla jusqu’à faire cette déclaration à la tri
bune de la Chambre des communes : « Je n’ai, quant à moi,
aucune inquiétude au sujet des extensions territoriales de la
Russie en Asie, aucune inquiétude d’aucune espèce. Je suis
d’avis que ces craintes ne sont que des craintes de vieille
femme ». Était-il moins rassuré qu’il ne l’affirmait? Ou
voulut-il calmer autrement que par des mots les inquiétudes
de l’opinion anglaise? Il obtint du gouvernement russe la
signature d'une convention pour la délimitation exacte des
territoires récemment acquis par la Russie. La nouvelle
frontière fut fixée à l’Amou-Daria, et laissa à l’Afghanistan
les pays d’Ouakhan, Badakhan, Koundouz, Balkh et Mal
mené. Plus loin vers l’ouest, elle restait indécise, et les
Russes ne devaient pas manquer d’en profiter. En fait, dans
ces régions, l’Angleterre, faute d’alliés, était réduite à con
firmer de sa signature les agrandissements de sa rivale.
Elle chercha bien aussi à accroître son domaine, à oppo
ser conquêtes à conquêtes ; mais elle fut bien loin d’obtenir
des résultats comparables.
Pour conserver ses avantages sur le marché chinois, où
pénétraient la Russie par l’Amour, la France par le Tonkin,
elle attaqua la Birmanie. Elle lui avait enlevé en 1852 sa
dernière province maritime, le Pégou, avec les villes de
Rangoun et de Martaban. Elle exigea en 1885 du roi Thibaw
le monopole de l’exploitation de ses forêts de teek. Il refusa.
Le vice-roi de l’Inde, lord Dufferin, lui déclara la guerre, et
envoya contre lui le général Prendergast, à la tête de 15.000
hommes. Le roi fut partout vaincu, pris dans sa capitale de
Mandaté ; son empire fut annexé à l’Hindoustan, dont la
frontière fut portée à l’est jusqu’au Mékong, au nord au-
dessus de Bhamo, sur les confins du Yu-nam chinois.
Vers l’ouest, dans l’Afghanistan, Dost-Mohammed étaif
mort en 1803. Pendant cinq ans, ses fils se disputèrent le
pouvoir, qui resta enfin à Shere-Ali. Le neveu de celui-ci,
Abd-er-rhaman, se réfugia à Samarkand, où il vécut d’une
pension payée par le tsar. Shere-Ali, redoutant la puissance